- 29 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Le cancer colorectal, un enjeu de santé publique
Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent aux États-Unis, avec plus de 150 000 nouveaux cas chaque année. En France, il touche environ 45 000 personnes annuellement et cause plus de 17 000 décès. Ce chiffre est alarmant, mais il y a une bonne nouvelle : le cancer colorectal est l’un des rares cancers que l’on peut prévenir. Grâce à un dépistage régulier, on peut détecter et retirer les polypes avant qu’ils ne deviennent cancereux. C’est là que la coloscopie entre en jeu.
Quand commencer le dépistage ? La règle a changé
Il y a dix ans, on recommandait de commencer le dépistage à 50 ans. Aujourd’hui, c’est 45. Cette modification, adoptée en 2021 par les principales sociétés médicales américaines et suivie progressivement en Europe, n’est pas arbitraire. Entre 1995 et 2019, l’incidence du cancer colorectal chez les moins de 50 ans a augmenté de 2,2 % par an. Les cancers du rectum, en particulier, ont grimpé de 3,2 % chaque année. Pourquoi ? Les causes exactes restent floues, mais les facteurs comme l’obésité, le manque d’activité physique, la consommation de viande transformée et les déséquilibres du microbiote jouent un rôle. La bonne nouvelle, c’est que détecter tôt, c’est sauver des vies.
La coloscopie : le gold standard
La coloscopie est la méthode la plus complète pour le dépistage. Elle permet de voir l’ensemble du côlon et du rectum en temps réel. Si un polype est repéré, il peut être retiré sur-le-champ - ce qui arrête le cancer avant qu’il ne commence. Des études montrent que cette procédure réduit de 67 % le risque de développer un cancer colorectal et de 65 % le risque de mourir de cette maladie.
Elle n’est pas sans inconvénients. La préparation intestinale, qui implique de boire plusieurs litres de solution laxative, est souvent décrite comme la partie la plus pénible. Les patients rapportent des crampes, des nausées, et une fatigue intense. Mais les résultats en valent la peine. Selon une enquête du Colon Cancer Coalition, 89 % des personnes ayant subi une coloscopie déclarent qu’elles la referaient. La perforation du côlon est rare : 1 cas pour 1 000 à 1 500 examens. Le risque est faible, mais il existe.
Les alternatives à la coloscopie
Pas tout le monde veut ou peut subir une coloscopie. Heureusement, d’autres options existent.
- Test immunochimique fécal (FIT) : un test simple, à faire à la maison. On recueille une petite quantité de selles, et on envoie l’échantillon au laboratoire. Il détecte le sang invisible dans les selles, un signe possible de polype ou de cancer. Il est précis (79-88 % de sensibilité pour le cancer) mais doit être fait chaque année. L’adhésion est plus élevée que pour la coloscopie - surtout dans les populations défavorisées.
- Test ADN fécal (sDNA-FIT) : il cherche non seulement du sang, mais aussi des marqueurs génétiques liés au cancer. Il est plus sensible (92 %) que le FIT seul, mais il donne plus de faux positifs (13 % contre 5 %). Cela signifie plus de coloscopies inutiles, ce qui alourdit le système de santé.
- Sigmoïdoscopie flexible : elle ne regarde que la partie inférieure du côlon. Moins invasive, elle ne nécessite pas une préparation aussi stricte. Elle réduit de 26 % l’incidence du cancer dans cette zone, mais ne protège pas contre les tumeurs en amont.
- Coloscopie virtuelle (TC) : une imagerie par scanner. Pas besoin de sédation, mais on expose le patient à des rayonnements (1 à 10 mSv). Si un polype est vu, une coloscopie réelle est obligatoire pour le retirer.
La coloscopie reste la référence, mais les tests fécaux sont des outils puissants pour augmenter les taux de dépistage, surtout là où l’accès aux soins est limité.
Qui doit être dépisté plus tôt ?
Les personnes à risque élevé ne suivent pas les mêmes règles. Si vous avez :
- Un antécédent personnel de polypes adénomateux ou de cancer colorectal
- Un parent proche (parent, frère, sœur) diagnostiqué avant 60 ans
- Un syndrome héréditaire comme le syndrome de Lynch ou la polyposis adénomateuse familiale
- Une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique) depuis plus de 8 ans
Alors vous devez commencer le dépistage avant 45 ans - parfois dès 20 ou 25 ans - et le faire plus souvent, généralement tous les 1 à 5 ans selon le risque. La coloscopie est alors la seule méthode recommandée. Les tests fécaux ne sont pas suffisants.
La chimiothérapie : quand et comment ?
Si un cancer colorectal est diagnostiqué, la chimiothérapie n’est pas toujours nécessaire. Elle dépend du stade de la maladie. Pour les cancers de stade I, la chirurgie seule suffit souvent. Pour les stades II et III, la chimiothérapie après l’opération (adjuvante) est courante pour éliminer les cellules cancéreuses cachées.
Les protocoles les plus utilisés sont :
- FOLFOX : combinaison de 5-fluorouracile (5-FU), d’acide folinique (leucovorine) et d’oxaliplatine. C’est le standard pour les stades III. Il réduit le risque de récidive de 30 à 40 %.
- CAPOX : capecitabine (version orale du 5-FU) + oxaliplatine. Moins d’hospitalisations, plus de confort pour le patient. Équivalent en efficacité à FOLFOX.
- 5-FU + leucovorine : utilisé chez les patients âgés ou fragiles, où l’oxaliplatine est trop toxique.
Pour les cancers métastatiques (stade IV), on ajoute souvent des traitements ciblés comme cetuximab ou bevacizumab, qui bloquent la croissance des vaisseaux sanguins qui nourrissent la tumeur. La chimiothérapie n’est plus curative dans ce cas, mais elle prolonge la vie et améliore la qualité de vie.
Les effets secondaires : ce qu’on ne vous dit pas toujours
La chimiothérapie n’est pas une promenade. L’oxaliplatine peut provoquer une neuropathie périphérique : des picotements, des engourdissements dans les mains et les pieds, parfois permanents. Le 5-FU peut causer des diarrhées sévères, des ulcères buccaux, et une perte de cheveux. La fatigue est omniprésente. Mais ces effets ne touchent pas tout le monde de la même manière. Certains patients tolèrent bien les traitements, d’autres ont besoin d’ajustements de dose ou de pauses.
Des protocoles comme CAPOX, qui utilisent un comprimé à prendre à la maison, permettent de réduire les visites à l’hôpital. Les infirmières spécialisées en oncologie jouent un rôle clé : elles éduquent les patients, surveillent les signes d’alerte, et aident à gérer les effets secondaires.
Les inégalités d’accès : un problème systémique
Malgré les preuves scientifiques, le taux de dépistage reste trop bas. Aux États-Unis, seulement 67 % des personnes de 50 à 75 ans sont à jour. En France, les chiffres sont similaires, avec des écarts marqués selon le statut socio-économique. Les personnes sans assurance, vivant en zone rurale, ou issues de minorités ethniques ont moins accès aux coloscopies. Les tests fécaux peuvent réduire cette fracture : ils sont moins chers, plus faciles à distribuer, et peuvent être envoyés par courrier.
Des programmes de navigation - où un conseiller accompagne le patient depuis le dépistage jusqu’à la coloscopie - ont augmenté les taux de dépistage de 35 % dans les zones défavorisées. Ce modèle, testé aux États-Unis, pourrait être adapté en France.
Les innovations à venir
La recherche avance vite. Des tests sanguins qui détectent des marqueurs d’ADN tumoral (comme le test Guardant SHIELD) montrent des résultats prometteurs. En 2023, un essai sur 10 000 personnes a montré une sensibilité de 83 % pour détecter le cancer colorectal. Ce n’est pas encore un remplaçant de la coloscopie, mais il pourrait devenir un excellent outil de dépistage initial, surtout pour les personnes réticentes.
Un autre progrès : l’IA intégrée aux coloscopes. Le système GI Genius, approuvé par la FDA en 2021, utilise une intelligence artificielle pour repérer les polypes que l’œil humain pourrait manquer. Il augmente la détection des lésions précoces de 14 %. Cela pourrait réduire les récidives à long terme.
Que faire maintenant ?
Si vous avez 45 ans ou plus, parlez à votre médecin du dépistage. Si vous avez des antécédents familiaux, ne tardez pas. Le dépistage n’est pas une option - c’est une protection. Même si vous vous sentez bien, même si vous n’avez pas de symptômes. Le cancer colorectal se développe souvent sans douleur, sans saignement, jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Choisissez le test qui vous convient. Si vous préférez éviter la coloscopie, commencez par un FIT. Mais si le résultat est positif, ne reculez pas : la coloscopie est la seule façon de confirmer et de traiter.
Et si vous êtes déjà diagnostiqué, demandez à votre oncologue quel protocole est adapté à votre âge, à votre santé globale, et à vos objectifs de vie. La chimiothérapie n’est pas une sentence - c’est un outil. Et avec les avancées récentes, les chances de survie à cinq ans pour un cancer détecté tôt dépassent 90 %.
Les chiffres qui parlent
- 95 % de survie à 5 ans si le cancer est détecté au stade I
- 14 % de survie à 5 ans si le cancer est détecté au stade IV
- 22 000 décès évitables chaque année d’ici 2030 si tout le monde est dépisté
- 62 % des dépistages en Amérique du Nord sont des coloscopies
- 89 % des patients qui ont subi une coloscopie la referaient
À quel âge faut-il commencer le dépistage du cancer colorectal ?
Pour les personnes à risque moyen, le dépistage commence à 45 ans. Pour celles à risque élevé - comme celles ayant un parent atteint avant 60 ans ou un syndrome héréditaire - il peut commencer dès 20 à 40 ans, selon les recommandations du médecin. Les personnes de 76 à 85 ans doivent discuter avec leur médecin pour décider si le dépistage est encore bénéfique, en fonction de leur état de santé et de leur historique de dépistage.
La coloscopie est-elle douloureuse ?
La plupart des patients reçoivent une sédation légère pendant la procédure, donc ils ne ressentent aucune douleur. Le plus souvent, c’est la préparation intestinale qui est difficile, pas l’examen lui-même. Après la coloscopie, il peut y avoir des gaz ou une légère gêne, mais cela passe en quelques heures. Les complications graves, comme une perforation, sont extrêmement rares.
Les tests fécaux sont-ils aussi efficaces qu’une coloscopie ?
Ils ne sont pas aussi complets, mais ils sont très efficaces pour détecter les cancers. Le test FIT détecte 79 à 88 % des cancers, et le test ADN fécal jusqu’à 92 %. Mais ils ne détectent pas tous les polypes, et ils ne permettent pas de les retirer. Si le résultat est positif, une coloscopie est obligatoire. Leur force, c’est l’accessibilité : ils augmentent les taux de dépistage chez les populations qui évitent les examens invasifs.
Quels sont les signes d’alerte du cancer colorectal ?
Les signes peuvent être discrets : saignement rectal, changement de habitudes intestinales (diarrhée ou constipation persistante), douleurs abdominales, perte de poids inexpliquée, fatigue intense. Mais le pire, c’est qu’ils n’apparaissent souvent qu’à un stade avancé. C’est pourquoi le dépistage régulier est plus important que d’attendre les symptômes.
La chimiothérapie est-elle toujours nécessaire après une chirurgie ?
Non. Pour les cancers de stade I, la chirurgie seule suffit. Pour les stades II et III, la chimiothérapie est recommandée pour réduire le risque de récidive. Pour le stade IV, elle est utilisée pour contrôler la maladie et prolonger la vie. La décision dépend de la taille de la tumeur, de la présence de métastases lymphatiques, et de la santé générale du patient.
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