- 29 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Le cancer colorectal, un fléau silencieux
Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent aux États-Unis, avec plus de 150 000 nouveaux cas chaque année. Ce n’est pas une maladie qui surgit du jour au lendemain. Elle naît souvent à partir de polypes bénins, qui, avec le temps, peuvent devenir malignes. La bonne nouvelle ? Le dépistage précoce peut presque tout changer. En détectant ces polypes avant qu’ils ne deviennent cancérigènes, ou en attrapant le cancer à un stade très précoce, on augmente la survie à plus de 90 %. À l’inverse, un diagnostic tardif - au stade IV - réduit cette probabilité à moins de 15 %.
Depuis 2021, les recommandations ont changé. On ne commence plus le dépistage à 50 ans. À 45 ans, tout le monde, même sans antécédents familiaux, doit en parler avec son médecin. Pourquoi ? Parce que les taux de cancer colorectal chez les moins de 50 ans ont augmenté de 2,2 % chaque année depuis les années 1990. Le rectum, en particulier, est devenu un terrain propice. Ce n’est plus une maladie des personnes âgées. C’est une menace pour les trentenaires et les quadragénaires aussi.
La coloscopie : la référence, mais pas la seule
La coloscopie reste la méthode la plus complète. Elle permet de voir l’ensemble du côlon et du rectum, et surtout, d’enlever les polypes sur-le-champ. Pas besoin d’un deuxième rendez-vous. Un seul examen peut prévenir un cancer. Des études montrent qu’elle réduit le risque de décès par cancer colorectal de 65 %. Mais elle n’est pas sans inconvénients.
La préparation intestinale est souvent le pire moment. Les solutions à base de polyéthylène glycol (PEG) sont efficaces, mais dégoûtantes. Beaucoup de patients les décrivent comme « l’expérience la plus désagréable de leur vie ». Ensuite, il faut s’absenter de son travail, être sédégué, et accepter un risque très faible mais réel de perforation - environ 1 sur 1 000 à 1 500 procédures. Pourtant, 89 % des personnes qui ont passé une coloscopie disent qu’elles le referaient, parce qu’elles savent à quel point c’est efficace.
Les autres options existent, et elles sont valables. Le test de sang occulte dans les selles (FIT) est simple : vous collectez une petite quantité de selles à la maison, vous l’envoyez au laboratoire, et vous attendez. Il détecte 80 % des cancers, mais pas tous les polypes. Il faut le faire chaque année. Beaucoup l’abandonnent après deux ou trois ans, parce que c’est répétitif. Le test ADN multible (sDNA-FIT) est plus sensible - il trouve 92 % des cancers - mais il donne plus de faux positifs. Résultat ? Plus de gens se retrouvent avec une coloscopie inutile, avec ses risques et son coût.
La coloscopie virtuelle (CT-colonographie) utilise une scanner. Pas de sédation, pas de sonde. Mais elle expose à une faible dose de radiation, et si elle trouve quelque chose, vous devez quand même passer une coloscopie pour enlever le polype. Et elle ne détecte pas les petites lésions aussi bien que la coloscopie classique.
Qui doit être dépisté, et quand ?
Les lignes directrices sont claires : tous les adultes de 45 à 75 ans doivent être dépistés. Pour ceux entre 76 et 85 ans, la décision doit être personnalisée. Si vous êtes en bonne santé, avec une espérance de vie supérieure à 10 ans, il vaut encore la peine de continuer. Si vous avez eu plusieurs coloscopies normales, et que vous êtes en bonne forme, le bénéfice est réel.
Mais attention : certains groupes ont un risque plus élevé. Ceux qui ont une maladie inflammatoire chronique de l’intestin - comme la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse - doivent commencer le dépistage plus tôt, souvent dès 40 ans, et le faire plus souvent. Les personnes ayant un parent, un frère ou une sœur atteint de cancer colorectal avant 60 ans doivent aussi commencer à 40 ans, ou 10 ans avant l’âge du diagnostic familial, selon le plus tôt. Et pour les syndromes héréditaires comme le syndrome de Lynch ou la polyposis familiale, la coloscopie est obligatoire dès l’âge de 20 à 25 ans, parfois même plus tôt.
Les Afro-Américains ont un risque 20 % plus élevé de développer ce cancer, et un taux de mortalité 40 % plus élevé. Pour eux, la coloscopie est recommandée comme méthode de premier choix, pas les tests de selles. Pourquoi ? Parce que les polypes chez cette population tendent à être plus agressifs, et à se transformer plus vite en cancer.
La chimiothérapie : quand et comment ?
Si le cancer est détecté à un stade avancé - c’est-à-dire qu’il a dépassé la paroi du côlon ou qu’il a atteint des ganglions lymphatiques - la chirurgie seule ne suffit pas. La chimiothérapie entre en jeu. Son objectif ? Éliminer les cellules cancéreuses qui pourraient avoir fui le site initial, même si on ne les voit pas.
Le protocole le plus courant pour le cancer colorectal de stade III est le FOLFOX. Il combine trois médicaments : l’oxaliplatine, le 5-fluorouracile (5-FU) et l’acide folinique. Ce traitement dure généralement six mois. L’oxaliplatine peut provoquer une neuropathie périphérique - une sensation de picotements, de froid intense, ou de brûlure dans les mains et les pieds. Certains patients gardent ces symptômes des mois, voire des années, après la fin du traitement.
Une autre option est le CAPOX, qui utilise l’oxaliplatine et le capecitabine (une version orale du 5-FU). C’est plus pratique : pas besoin de perfusions hebdomadaires. Vous prenez des comprimés à la maison. Mais il faut être rigoureux avec la posologie. Oublier un jour peut réduire l’efficacité.
En stade IV - quand le cancer a métastasé, souvent au foie ou aux poumons - la chimiothérapie ne vise plus à guérir, mais à prolonger la vie et à améliorer la qualité. Les protocoles sont alors plus personnalisés. On ajoute souvent des traitements ciblés comme le cetuximab ou le bevacizumab, qui bloquent des signaux spécifiques que les cellules cancéreuses utilisent pour croître. Les tests génétiques du cancer sont maintenant standard. Si le cancer a une mutation KRAS ou NRAS, certains traitements ciblés ne fonctionneront pas. Il faut le savoir avant de commencer.
La chimiothérapie n’est pas une sentence. Elle peut donner des années supplémentaires. Mais elle a un prix : fatigue, perte de cheveux, nausées, baisse des défenses immunitaires. Beaucoup de patients disent que la peur de la chimiothérapie est pire que la chimiothérapie elle-même. Les centres modernes proposent des accompagnements : psychologues, nutritionnistes, groupes de parole. Ce ne sont pas des options luxueuses. Ce sont des éléments essentiels du parcours de soins.
Les inégalités d’accès : un problème majeur
Malgré les progrès, le dépistage n’est pas équitable. Aux États-Unis, 78 % des personnes avec une assurance privée sont à jour avec le dépistage. Mais seulement 58 % des personnes sans assurance le sont. Dans les zones rurales, les délais pour une coloscopie peuvent dépasser deux mois. Dans les quartiers défavorisés, les tests de selles sont souvent mal expliqués. Les patients ne comprennent pas comment les utiliser, ou ils ont peur de les faire. Une étude a montré que 28 % des gens abandonnent les tests de selles parce qu’ils trouvent les instructions confuses.
Les solutions existent. Des programmes de navigation - des personnes formées pour guider les patients à travers les étapes - augmentent les taux de dépistage de 35 %. Des rappels automatisés par SMS ou par courrier augmentent la conformité de 28 %. Mais ces programmes ne sont présents que dans 32 % des cliniques rurales, contre 87 % dans les grands centres universitaires. C’est un écart inacceptable.
La France, comme d’autres pays européens, a mis en place des programmes de dépistage national pour les 50-74 ans, basés sur le test de sang occulte. Mais l’âge de 45 ans n’est pas encore intégré officiellement. Les médecins peuvent le proposer, mais il n’est pas systématiquement couvert. C’est un retard. Les données montrent que commencer à 45 ans sauve des vies. Il faut que les politiques de santé suivent la science.
Que faire maintenant ?
Si vous avez 45 ans ou plus : parlez-en à votre médecin. Pas besoin d’attendre d’avoir des symptômes. Aucun saignement, aucun changement d’habitudes intestinales ne signifie que vous êtes à l’abri. Le cancer colorectal se développe souvent sans signe avant-coureur.
Si vous avez moins de 45 ans mais que vous avez un antécédent familial, une maladie inflammatoire, ou des symptômes persistants - douleurs abdominales, perte de poids inexpliquée, sang dans les selles - ne minimisez pas. Demandez une coloscopie. Votre médecin ne peut pas vous refuser ce test si les critères sont réunis.
Si vous avez déjà eu un cancer colorectal : suivez scrupuleusement votre plan de surveillance. La récidive est possible. Les contrôles réguliers sont votre meilleure arme.
Le cancer colorectal n’est plus une sentence de mort. C’est une maladie qu’on peut prévenir, attraper tôt, et traiter avec succès. Le seul obstacle, aujourd’hui, ce n’est pas la science. C’est l’accès, la peur, et l’inaction. Ne laissez pas la peur vous empêcher de faire le premier pas. Une coloscopie dure 30 minutes. Une vie, elle, dure des décennies.
Questions fréquentes
À quel âge faut-il commencer le dépistage du cancer colorectal ?
Depuis 2021, les recommandations internationales - y compris celles des États-Unis, du Canada et de l’Europe - conseillent de commencer le dépistage à 45 ans pour les personnes à risque moyen. Avant, c’était 50 ans. Ce changement est dû à l’augmentation du nombre de cas chez les jeunes adultes. Pour les personnes à risque élevé - antécédents familiaux, maladies inflammatoires chroniques - le dépistage peut commencer dès 40 ans, voire plus tôt, selon les cas.
La coloscopie est-elle douloureuse ?
La plupart des patients ne ressentent pas de douleur pendant la coloscopie, car ils sont sédés. Le plus souvent, ils se réveillent sans se souvenir de l’examen. Ce qui est difficile, c’est la préparation intestinale : boire une grande quantité de liquide pour vider l’intestin. Cela peut provoquer des crampes, des nausées, et une sensation de malaise. Mais cette étape dure seulement 24 à 48 heures. La plupart des patients disent que c’est la pire partie - mais qu’ils le referaient, car la coloscopie sauve des vies.
Les tests de selles sont-ils aussi efficaces qu’une coloscopie ?
Ils sont efficaces pour détecter le cancer, mais pas aussi bien pour prévenir les cancers. Le test de sang occulte (FIT) trouve environ 80 % des cancers, mais seulement 30 % des polypes avancés. La coloscopie, elle, trouve presque tous les polypes et peut les enlever en même temps. C’est pourquoi la coloscopie est considérée comme la méthode de référence. Les tests de selles sont un bon compromis pour les gens qui refusent la coloscopie, mais ils doivent être répétés chaque année.
Quels sont les effets secondaires de la chimiothérapie pour le cancer colorectal ?
Les effets dépendent des médicaments utilisés. Le 5-fluorouracile peut causer des nausées, des vomissements, une chute de cheveux, et une baisse des globules blancs. L’oxaliplatine provoque souvent une neuropathie : des picotements, une sensibilité au froid, ou des douleurs dans les mains et les pieds. Ces symptômes peuvent durer longtemps. Le capecitabine, pris par voie orale, peut provoquer des mains et pieds rouges, douloureux. Les centres oncologiques proposent des traitements pour atténuer ces effets, et des suivis réguliers pour surveiller la tolérance.
Le dépistage est-il remboursé ?
Dans de nombreux pays, y compris la France, le test de selles est remboursé à 100 % pour les 50-74 ans dans le cadre du dépistage organisé. La coloscopie est également remboursée si elle est prescrite par un médecin. Cependant, le dépistage à partir de 45 ans n’est pas encore systématiquement couvert dans tous les systèmes de santé. Il est important de vérifier avec votre caisse d’assurance maladie ou votre médecin si l’examen est pris en charge, surtout si vous avez moins de 50 ans.
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