- 3 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Si vous ou un proche suivez un traitement pour une maladie auto-immune comme l’arthrite rhumatoïde, la spondylite ankylosante ou l’arthrite psoriasique, vous avez probablement entendu parler des DMARDs ou des médicaments biologiques des traitements ciblés qui modifient le cours de la maladie en désactivant des parties précises du système immunitaire. Mais qu’est-ce que ça signifie vraiment ? Pourquoi certains patients prennent des comprimés et d’autres des injections ? Et pourquoi ces traitements peuvent-ils augmenter le risque d’infections ? Voici une explication claire, sans jargon, basée sur la pratique réelle des rhumatologues.
Que sont les DMARDs et pourquoi les prescrit-on ?
Les DMARDs, ou disease-modifying antirheumatic drugs, ne sont pas des antidouleurs classiques. Ce ne sont pas des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène. Leur but, c’est de ralentir ou arrêter la destruction des articulations causée par un système immunitaire qui attaque à tort les tissus sains. C’est ce qu’on appelle une thérapie modifiant la maladie. Sans DMARDs, l’arthrite rhumatoïde peut détruire les articulations en quelques années. Avec, beaucoup de patients conservent une mobilité normale pendant des décennies.
On les utilise pour plusieurs maladies auto-immunes : l’arthrite rhumatoïde (qui touche 1 % de la population mondiale), l’arthrite psoriasique, la spondylite ankylosante, et parfois le lupus ou la polyarthrite juvénile. Leur effet ne se voit pas du jour au lendemain. Il faut souvent 6 à 12 semaines avant de ressentir une amélioration. Mais une fois qu’ils agissent, ils changent la donne.
Les trois familles de DMARDs : classiques, biologiques, ciblés
Tous les DMARDs ne se ressemblent pas. On les divise en trois grandes catégories.
- Les DMARDs synthétiques conventionnels : ce sont les premiers, les plus anciens, et souvent les premiers prescrits. Leur point fort ? Ils sont bon marché et bien connus. Leur faiblesse ? Ils agissent comme un nettoyage général du système immunitaire. Exemples : le méthotrexate un médicament utilisé depuis les années 1980, pris une fois par semaine, souvent en comprimés de 7,5 à 25 mg, la léflunomide prise quotidiennement, 10 à 20 mg, l’hydroxychloroquine utilisée aussi pour le lupus, 200 à 400 mg par jour, et le sulfasalazine à 2 à 3 grammes par jour.
- Les DMARDs biologiques : apparus dans les années 1990, ils sont comme des missiles guidés. Au lieu de frapper tout le système immunitaire, ils ciblent une seule molécule ou une seule cellule responsable de l’inflammation. Exemples : l’adalimumab (Humira), injecté toutes les deux semaines, l’infliximab (Remicade), administré par perfusion tous les deux mois, le rituximab qui détruit les cellules B productrices d’inflammation, et le tocilizumab qui bloque l’interleukine-6, une molécule clé dans l’arthrite.
- Les DMARDs synthétiques ciblés : ce sont les plus récents. Ce sont des comprimés qui bloquent des enzymes spécifiques, comme les inhibiteurs de JAK. Exemples : le tofacitinib (Xeljanz), pris deux fois par jour, et le upadacitinib (Rinvoq), pris une fois par jour, approuvé en 2022 pour l’arthrite psoriasique.
Biologiques : efficaces, mais avec des risques
Les médicaments biologiques sont plus puissants que les DMARDs classiques. Ils agissent plus vite - souvent en 4 à 8 semaines - et permettent une réduction significative de la douleur et de la raideur. Des études montrent qu’après six mois de traitement, près de 70 % des patients voient leur score de sévérité de la maladie (DAS28) baisser de plus de 70 %.
Mais cette puissance a un prix. En bloquant des parties précises du système immunitaire, ces traitements réduisent aussi la capacité du corps à combattre les infections. Les patients sous biologiques ont un risque accru de tuberculose, d’infections pulmonaires, de septicémie. On a observé que 5 à 10 % des patients développent une infection grave nécessitant une hospitalisation. C’est pourquoi on ne les prescrit jamais en premier. On commence toujours par le méthotrexate. Seuls 20 à 30 % des patients avec arthrite rhumatoïde finissent par passer aux biologiques.
Un autre problème : certains patients développent des anticorps contre le médicament. Cela rend le traitement moins efficace avec le temps. C’est pourquoi certains médecins combinent les biologiques avec le méthotrexate - ce dernier aide à bloquer la formation de ces anticorps.
Coût et accès : un vrai obstacle
Le méthotrexate générique coûte entre 4 et 30 dollars par mois aux États-Unis. Un biologique ? Entre 1 000 et 5 000 dollars. Même avec une assurance, de nombreux patients paient plus de 500 dollars par mois. En France, les remboursements sont plus généreux, mais les délais d’autorisation peuvent durer 2 à 6 semaines. Beaucoup de patients attendent des mois avant de commencer leur traitement.
Les biosimilaires, des versions moins chères des biologiques, sont maintenant disponibles depuis 2016. Ils réduisent les coûts de 15 à 30 %. Mais leur adoption reste lente, car certains médecins hésitent à les prescrire, craignant qu’ils ne soient pas aussi efficaces. Les études montrent pourtant qu’ils sont tout aussi sûrs et efficaces que les originaux.
Comment prendre ces traitements au quotidien ?
Les DMARDs classiques se prennent en comprimés. Il faut les prendre à heure fixe, sans oublier. Environ 30 à 50 % des patients manquent des doses, souvent parce qu’ils ne sentent pas de changement immédiat. C’est une erreur : l’effet est progressif. Il faut persévérer.
Les biologiques se prennent en injection sous-cutanée ou en perfusion. Les injections, comme celles d’adalimumab, se font à la maison. Les patients apprennent à les faire en une ou deux séances avec un infirmier. Les points d’injection doivent être rotatifs - cuisse, ventre, bras - pour éviter les irritations. Les réactions locales (rougeur, douleur) touchent 15 à 40 % des patients, mais elles passent avec le temps.
La perfusion, elle, se fait à l’hôpital ou dans un centre spécialisé. Elle dure 1 à 3 heures. Les patients sont surveillés pendant et après pour détecter une réaction allergique.
Surveillance et précautions essentielles
Les examens sanguins sont obligatoires. Pour les DMARDs classiques, on fait un bilan sanguin complet et une analyse du foie toutes les 4 à 8 semaines au début, puis toutes les 8 à 12 semaines. Pour les biologiques, moins fréquents, mais on vérifie régulièrement la présence d’infections latentes comme la tuberculose avant de commencer.
Il faut aussi faire attention aux signes d’infection : fièvre, toux, gorge douloureuse, plaies qui ne guérissent pas. Si vous avez l’un de ces symptômes, contactez votre médecin immédiatement. Ne prenez pas d’antibiotiques sans avis - certains peuvent interférer avec votre traitement.
Évitez les personnes malades, lavez-vous les mains souvent, et pensez à vous faire vacciner - contre la grippe, le pneumocoque, l’hépatite B. Mais attention : les vaccins vivants (comme celui contre la varicelle ou la rougeole) sont contre-indiqués sous biologiques.
Et après ? L’avenir des traitements
Les chercheurs travaillent sur des traitements encore plus ciblés. Des molécules qui bloquent des cytokines spécifiques sans affecter toute la défense immunitaire sont en phase 3 d’essais cliniques. L’objectif : garder l’efficacité, réduire les infections.
Le marché des DMARDs vaut aujourd’hui 65 milliards de dollars. Les biologiques représentent 70 % de cette somme. Leur utilisation devrait augmenter de 5 à 7 % par an jusqu’en 2030. Mais le vrai défi n’est pas scientifique - c’est d’accessibilité. Dans les pays à revenu faible, beaucoup de patients n’ont pas accès à ces traitements. En France, les systèmes de remboursement permettent un accès large, mais les délais et les démarches administratives restent un frein.
Le message clé ? Les DMARDs, qu’ils soient classiques ou biologiques, ne sont pas des traitements de confort. Ce sont des traitements de survie pour les articulations. Ils permettent de vivre normalement, de travailler, de marcher, de jouer avec ses enfants. Ce n’est pas une option - c’est une nécessité. Et avec les bons suivi et les bonnes précautions, ils sont sûrs à long terme.
Les DMARDs font-ils grossir ?
Non, les DMARDs classiques et les biologiques ne provoquent pas de prise de poids directe. En revanche, certains patients prennent du poids en raison d’une meilleure qualité de vie : moins de douleur = plus d’activité = meilleure alimentation. Le corticoïde, souvent prescrit en complément, peut lui provoquer une rétention d’eau et une augmentation de l’appétit. Mais ce n’est pas le DMARD lui-même.
Puis-je arrêter les DMARDs si je me sens bien ?
En général, non. Même si vos symptômes ont disparu, la maladie peut toujours être active à un niveau caché. Arrêter le traitement augmente le risque de rechute, souvent plus sévère. Certains patients, après plusieurs années de rémission complète, peuvent réduire progressivement la dose sous surveillance stricte. Mais cela se fait uniquement avec l’accord de votre rhumatologue.
Les biologiques augmentent-ils le risque de cancer ?
Les études montrent un léger risque accru de certains cancers, comme le lymphome ou le cancer de la peau, mais ce risque reste faible - inférieur à 1 % sur 10 ans. Il est plus élevé chez les patients ayant déjà eu un cancer ou une exposition prolongée au tabac. Le bénéfice du traitement l’emporte largement sur ce risque pour la plupart des patients. Votre médecin vérifie votre historique médical avant de prescrire.
Est-ce que les DMARDs affectent la fertilité ?
Le méthotrexate peut affecter la fertilité et est contre-indiqué pendant la grossesse. Il faut utiliser une contraception efficace pendant le traitement et 3 à 6 mois après l’arrêt. Les biologiques, en revanche, sont souvent considérés comme sûrs pendant la grossesse (notamment l’adalimumab et l’etanercept). Beaucoup de femmes avec arthrite rhumatoïde ont des grossesses réussies sous traitement. Parlez-en à votre médecin si vous envisagez d’avoir un enfant.
Les injections de biologiques font-elles mal ?
La plupart des patients disent que l’injection est une petite piqûre, comparable à une injection de vaccin. La douleur vient souvent de l’irritation de la peau, pas de l’aiguille. Utiliser une aiguille fine, laisser le médicament atteindre la température ambiante, et masser légèrement après l’injection réduit la gêne. Les réactions locales (rougeur, gonflement) disparaissent en quelques heures.
Pourquoi certains patients ne répondent-ils pas aux biologiques ?
Chaque maladie auto-immune est un peu différente d’un patient à l’autre. Certains ont une inflammation principalement pilotée par la TNF-alpha, d’autres par l’interleukine-17 ou l’interleukine-6. Si vous prenez un anti-TNF et que ça ne marche pas, votre médecin peut essayer un autre type de biologique, comme un inhibiteur d’IL-6 ou un JAK. Il n’y a pas de « meilleur » traitement universel - c’est une course à l’essai-erreur guidée par les réponses.
Que faire si vous avez des doutes ?
Ne vous auto-diagnostiquez pas. Ne changez pas votre dose. Ne sautez pas une perfusion parce que vous êtes fatigué. Les DMARDs fonctionnent sur le long terme. Une seule dose manquée ne vous rendra pas malade, mais une série de doses manquées peut faire perdre tout l’effet.
Si vous avez peur des injections, parlez-en à votre infirmier. Si le coût est un problème, demandez à votre pharmacien s’il existe des biosimilaires. Si vous avez des nausées avec le méthotrexate, demandez un supplément d’acide folique - ça réduit les effets secondaires de 50 %.
Vous n’êtes pas seul. Des milliers de patients vivent avec ces traitements. Leur secret ? Ils les prennent comme un rendez-vous avec leur santé - pas comme un fardeau. Et avec le bon suivi, ils retrouvent une vie presque normale.