- 28 févr. 2026
- Élise Marivaux
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Une surdose d’opioïdes ne ressemble à rien de ce que vous avez vu au cinéma. Pas de cris, pas de convulsions spectaculaires. Souvent, c’est juste un corps qui ne réagit plus. La respiration ralentit, devient irrégulière, puis disparaît. La peau devient pâle, les lèvres bleuissent. Et si vous ne faites rien, en moins de cinq minutes, le cerveau commence à mourir. La bonne nouvelle ? Cette mort peut souvent être évitée. La naloxone, un médicament simple et sûr, peut ramener quelqu’un à la vie en quelques minutes. Mais il faut savoir reconnaître les signes - et agir vite.
Comment reconnaître une surdose d’opioïdes ?
Les signes d’une surdose d’opioïdes sont précis, même s’ils sont parfois discrets. Le premier et le plus critique : l’incapacité à réagir. Si vous secouez la personne, vous lui parlez fort, vous lui pincez le sternum - et elle ne bouge pas, ne répond pas, ne réagit pas du tout - c’est une alerte rouge. Ce n’est pas simplement endormi. C’est inconscient.
Le deuxième signe est la respiration anormale. Une respiration normale se situe entre 12 et 20 respirations par minute. En cas de surdose, elle tombe à moins de 12. Parfois, elle devient très lente : une respiration toutes les 3 à 5 secondes. Parfois, elle devient bruyante : des sons de gargouillis, comme si la personne étouffe. C’est un signe que les voies respiratoires sont obstruées. Dans les cas graves, la respiration s’arrête complètement.
La cyanose - une teinte bleuâtre, violacée ou grise - sur les lèvres, les ongles ou la peau est un autre indicateur clé. Pour les personnes à peau foncée, cette teinte n’est pas forcément bleue : elle peut être grisâtre, terne, comme si la peau avait perdu toute vitalité. La peau est souvent froide et moite, comme si la personne avait été plongée dans un bain d’eau glacée.
Enfin, les pupilles deviennent extrêmement petites, presque comme des points. C’est ce qu’on appelle les « pupilles en pointe ». Ce n’est pas une caractéristique de toutes les surdoses, mais c’est très fréquent avec les opioïdes, surtout quand ils sont purifiés ou mélangés à du fentanyl.
Il est important de ne pas confondre avec une surdose de stimulants (cocaïne, métamphétamine). Là, la personne est agitée, hyperactive, avec une respiration rapide, une transpiration abondante, et souvent une température élevée. Les opioïdes ralentissent tout. Les stimulants accélèrent tout. Si vous n’êtes pas sûr, agissez comme si c’était une surdose d’opioïdes. La naloxone ne fait pas de mal si elle n’est pas nécessaire.
Comment la naloxone fonctionne-t-elle ?
La naloxone n’est pas un médicament miracle. C’est un antidote. Elle agit comme un clé de contact. Les opioïdes, comme la morphine, l’héroïne ou le fentanyl, s’accrochent à des récepteurs dans le cerveau - ceux qui contrôlent la respiration. Quand ils s’attachent trop fort, la respiration s’arrête. La naloxone vient en force. Elle a une affinité 2 à 3 fois plus élevée que les opioïdes pour ces récepteurs. Elle les déloge. Elle les remplace. Et soudain, le cerveau reprend le contrôle de la respiration.
C’est rapide. En 2 à 5 minutes après une injection dans la cuisse, ou 5 à 10 minutes après un spray nasal, la personne commence à respirer à nouveau. Parfois, elle tousse. Parfois, elle gémit. Parfois, elle ouvre les yeux, confuse, mais vivante.
Le fentanyl change tout. Ce n’est pas une drogue comme les autres. Il est 50 à 100 fois plus puissant que la morphine. Et il est partout : dans l’héroïne, dans les comprimés de pilules, même dans la cocaïne. Une seule dose de fentanyl peut tuer. Et une seule dose de naloxone ne suffit pas toujours. Il faut parfois deux, voire trois doses. C’est pourquoi les kits modernes contiennent désormais deux sprays.
Les étapes à suivre en cas de surdose
Il n’y a pas de place pour la panique. Il y a quatre étapes simples, mais vitales. Elles sont enseignées dans les ateliers de formation communautaires, et elles sauvent des vies.
- Reconnaissez les signes : personne inresponsive, respiration lente ou absente, peau bleuâtre, pupilles minuscules.
- Appelez les secours immédiatement : composez le 15 (SAMU) en France, le 911 en Amérique du Nord. Dites clairement : « Je pense qu’il y a une surdose d’opioïdes. » Même si vous avez peur d’être jugé, même si vous avez consommé, appelez. Les lois de protection des bons samaritains existent pour ça.
- Administrez la naloxone : si vous avez un spray nasal (comme Narcan), insérez la pointe dans une narine et appuyez fermement sur le piston. Si vous avez une injection, piquez dans la cuisse, à travers les vêtements si nécessaire. Une dose suffit pour commencer. Si la personne ne réagit pas après 3 à 5 minutes, administrez une deuxième dose dans l’autre narine ou dans l’autre cuisse.
- Continuez à surveiller et à respirer pour elle : même si elle reprend conscience, elle peut retomber. La naloxone dure 30 à 90 minutes. Le fentanyl, lui, peut durer 3 à 6 heures. Pendant ce temps, maintenez la personne en position latérale de sécurité (sur le côté, une jambe pliée, la tête inclinée), pour éviter qu’elle ne s’étouffe en vomissant. Faites des respirations artificielles si elle ne respire pas : 10 à 12 respirations par minute, en voyant bien sa poitrine se soulever.
Ne laissez jamais la personne seule. Ne la mettez pas dans une baignoire. Ne lui donnez pas de café. Ne l’attendez pas pour qu’elle « reprenne ses esprits » toute seule. La reprise est fragile. Sans surveillance médicale, un second arrêt respiratoire est possible.
La naloxone est-elle sûre ? Puis-je la donner à quelqu’un qui n’a pas consommé ?
Oui. La naloxone est extrêmement sûre. Si la personne n’a pas consommé d’opioïdes, elle n’aura aucun effet. Elle ne provoque pas d’effets secondaires graves. Elle ne fait pas de mal. Même si vous êtes incertain, administrez-la. C’est la meilleure décision que vous puissiez prendre.
Elle peut provoquer un syndrome de sevrage aigu chez les personnes dépendantes. Elles peuvent avoir des sueurs, des nausées, des vomissements, des douleurs musculaires, ou devenir agitées. Ce n’est pas dangereux. C’est juste inconfortable. Et c’est mieux que la mort.
Où trouver la naloxone et combien ça coûte ?
En France, la naloxone est disponible en pharmacie sans ordonnance depuis 2021. Vous pouvez l’acheter directement au comptoir. Les kits contiennent généralement deux sprays nasaux. Le prix varie entre 25 et 45 euros, selon les pharmacies. Certains centres de santé, associations de réduction des risques, ou hôpitaux la distribuent gratuitement.
Les kits sont stables à température ambiante, mais évitez les endroits trop chauds. Si vous vivez dans un appartement sans climatisation en été, ne laissez pas le kit sur le rebord de la fenêtre. Une chaleur supérieure à 40°C peut dégrader le médicament.
Les vidéos de formation sur YouTube - comme celles de Next Distro ou de l’association française Réduction des Risques - sont devenues des outils essentiels. Des milliers de personnes ont appris à l’utiliser en 10 minutes. Pratiquez avec un simulateur gratuit (disponible en ligne) avant d’en avoir besoin.
Les limites de la naloxone
La naloxone ne guérit pas la dépendance. Elle ne résout pas la crise des opioïdes. Elle ne fait que sauver des vies - temporairement. Sans accès à un traitement médical, sans soutien psychologique, sans logement, sans emploi, la personne risque de retomber. Et la prochaine fois, la naloxone ne suffira peut-être pas.
Les experts le disent clairement : la naloxone est un outil d’urgence, pas une solution. Elle doit être accompagnée de programmes de traitement, de substitution, de logement, de travail. Sinon, c’est comme éteindre un feu avec un verre d’eau.
Pourtant, sans elle, les chiffres seraient pires. En 2023, les États-Unis ont enregistré plus de 87 000 décès par surdose d’opioïdes. Le Canada, plus de 8 000. En Europe, les chiffres augmentent aussi. La naloxone a déjà sauvé des dizaines de milliers de vies. Et chaque kit distribué est une chance de plus.
Que faire après une surdose ?
Même si la personne reprend conscience, même si elle dit « je vais bien », il faut l’emmener aux urgences. La naloxone ne protège pas contre les complications. Un œdème pulmonaire peut survenir des heures plus tard. Des lésions cérébrales peuvent être invisibles. Des complications cardiaques peuvent apparaître.
Et puis, c’est le moment où l’accompagnement peut commencer. Beaucoup de personnes qui ont survécu à une surdose sont prêtes à parler. Elles sont terrifiées. Elles veulent de l’aide. Ce n’est pas le moment de juger. C’est le moment de dire : « Je suis là. »
Comment savoir si quelqu’un a consommé des opioïdes ?
Il n’est pas nécessaire de savoir avec certitude. Les signes de surdose - manque de réactivité, respiration lente ou absente, pupilles en pointe, peau bleuâtre - sont suffisants pour agir. La naloxone est sans danger si elle est administrée à quelqu’un qui n’a pas consommé d’opioïdes. Mieux vaut agir que d’attendre une confirmation.
Puis-je administrer la naloxone moi-même sans formation ?
Oui. Les kits modernes sont conçus pour être utilisés sans formation médicale. Les sprays nasaux ont un mécanisme simple : insérez, appuyez. Les vidéos en ligne ou les notices incluses dans le kit suffisent. L’important, c’est d’agir. La formation améliore la confiance, mais ne doit pas être un obstacle à l’action.
La naloxone fonctionne-t-elle avec les opioïdes synthétiques comme le fentanyl ?
Oui, mais elle peut être moins efficace en une seule dose. Le fentanyl est tellement puissant qu’il peut nécessiter deux ou trois doses de naloxone. C’est pourquoi les kits actuels contiennent deux sprays. Si la personne ne réagit pas après 3 à 5 minutes, administrez la deuxième dose immédiatement.
Est-ce que la naloxone est légale en France ?
Oui. Depuis 2021, la naloxone est disponible en pharmacie sans ordonnance. Elle est aussi distribuée gratuitement par certaines associations de réduction des risques et centres de santé. Aucune loi ne pénalise son usage en cas d’urgence.
Que faire si la personne redevient consciente après la naloxone ?
Même si elle semble aller bien, appelez les secours et restez avec elle. La naloxone a une durée d’action plus courte que les opioïdes. Le risque de récidive est élevé. Elle doit être surveillée pendant plusieurs heures. En cas de vomissements, placez-la en position latérale de sécurité. Ne la laissez jamais seule.