- 5 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Une surdose n’arrive pas toujours parce qu’on prend trop de drogue. Parfois, c’est juste une erreur avec un médicament prescrit. Les patchs, les liquides et les médicaments à libération prolongée sont conçus pour être sûrs - mais ils deviennent dangereux si on ne les utilise pas comme il faut. Et ce n’est pas rare. En France, plus de 1 200 décès par surdose liée aux opioïdes ont été recensés en 2024, dont une grande partie impliquait des formes pharmaceutiques mal utilisées.
Les patchs : un danger invisible
Les patchs de fentanyl ou de morphine sont souvent prescrits pour la douleur chronique. Ils semblent inoffensifs : on les colle sur la peau, et le médicament passe lentement dans le sang. Mais si vous les coupez, les chauffez, ou les mettez sur une peau chaude (comme après une douche), vous déclenchez une libération massive. Un seul patch de fentanyl peut contenir assez de médicament pour tuer un adulte non tolérant.
Des cas réels ont été rapportés : des patients ont utilisé des patchs usagés trouvés dans la poubelle d’un proche, les ont coupés en morceaux et les ont avalés. D’autres ont collé plusieurs patchs en même temps, pensant que ça aiderait mieux. Résultat : une surdose en quelques minutes.
Comment éviter ça ?
- Ne jamais couper, percer ou chauffer un patch.
- Ne jamais en mettre plus que prescrit - même si la douleur persiste.
- Retirez le patch avant de faire une douche chaude, un sauna ou de vous exposer au soleil.
- Rangez les patchs hors de portée des enfants et des animaux. Même un patch usagé peut contenir suffisamment de médicament pour être mortel.
- Repliez le patch sur lui-même (colle contre colle) avant de le jeter, pour éviter tout contact accidentel.
Les liquides : la précision qui tue
Les solutions liquides - comme les sirops de codéine, les suspensions de morphine ou les solutions orales de buprénorphine - sont souvent prescrites pour les enfants, les personnes âgées ou celles qui ne peuvent pas avaler de comprimés. Mais elles sont aussi les plus faciles à mal doser.
Un verre à mesurer de cuisine, une cuillère à café, ou même une seringue non étalonnée : ce n’est pas suffisant. La différence entre une dose thérapeutique et une dose létale peut être de quelques gouttes. Des familles ont perdu un proche parce qu’elles ont confondu un sirop pour la toux avec un sirop pour la douleur. D’autres ont donné deux fois la dose en pensant que la première n’avait pas marché.
Voici ce qu’il faut faire :
- Utilisez toujours la seringue ou le verre doseur fourni avec le médicament.
- Ne jamais utiliser une cuillère de cuisine ou un verre ordinaire.
- Lisez l’étiquette à chaque prise : la concentration peut changer d’un flacon à l’autre.
- Si vous ne comprenez pas la dose, demandez à votre pharmacien de la réécrire en chiffres simples : « 5 ml = 10 mg ».
- Ne mélangez jamais un liquide médicamenteux avec de l’alcool, des somnifères ou des anxiolytiques. Le risque de dépression respiratoire augmente de 80 %.
Les comprimés à libération prolongée : le piège du « je veux que ça marche vite »
Les comprimés comme OxyContin, Durogesic ou des versions génériques de tramadol à libération prolongée sont conçus pour libérer le médicament lentement, sur 8 à 12 heures. C’est ce qui les rend efficaces pour la douleur continue. Mais si vous les écrasez, les mâchez, les dissoluez ou les inhalerez, vous libérez tout le médicament d’un coup.
Une seule pilule de fentanyl à libération prolongée peut contenir 100 mg - une dose équivalente à 50 comprimés de codéine. Mâcher un seul de ces comprimés peut provoquer une surdose mortelle en moins de 20 minutes.
Les gens le font souvent pour :
- Éviter d’attendre que le médicament agisse.
- Obtenir un effet plus fort.
- Parce qu’ils pensent que « c’est juste un médicament, pas une drogue ».
Voici les règles à suivre :
- Avalez toujours les comprimés entiers, avec un verre d’eau.
- Ne les écrasez jamais, même si vous avez du mal à les avaler.
- Si vous avez des difficultés à avaler, demandez à votre médecin une forme liquide ou un patch - ne tentez pas de modifier le comprimé vous-même.
- Ne prenez jamais ces médicaments avec de l’alcool, des benzodiazépines ou des somnifères. La combinaison peut arrêter votre respiration.
- Ne partagez jamais ces médicaments, même avec un proche qui a mal.
La naloxone : votre meilleure arme, même si vous n’utilisez pas de drogues
La naloxone est un médicament qui bloque les opioïdes dans le cerveau. Elle peut sauver une vie en moins de 2 minutes. Et elle n’est pas réservée aux personnes qui consomment des drogues illicites. Elle est essentielle pour tout le monde qui utilise un patch, un liquide ou un comprimé à libération prolongée - ou qui vit avec quelqu’un qui en utilise.
En France, la naloxone est disponible sans ordonnance en pharmacie depuis 2023. Elle se présente en spray nasal (Narcan) ou en injection intramusculaire. Elle est sûre, même si la personne n’a pas consommé d’opioïdes : elle n’a aucun effet sur quelqu’un qui n’en a pas.
Comment la garder prête ?
- Enregistrez-vous sur le site de votre pharmacie pour recevoir une formation gratuite de 10 minutes sur comment l’utiliser.
- Gardez un spray dans votre sac, votre voiture, ou chez un proche.
- Si vous donnez de la naloxone, appelez immédiatement le 15 ou le 112 - même si la personne reprend conscience.
- Sachez que la naloxone ne dure que 30 à 90 minutes. Les médicaments à libération prolongée peuvent continuer à agir après. La personne peut retomber en surdose. Il faut la surveiller pendant plusieurs heures.
Les erreurs qui tuent - et comment les éviter
Voici les 5 erreurs les plus fréquentes, avec leurs solutions :
- « Je ne suis pas un toxicomane, donc je ne risque rien. » - Faux. 70 % des surdoses par opioïdes concernent des personnes qui prenaient un médicament prescrit. Ce n’est pas une question de « drogue » ou de « consommation ». C’est une question de dose, de forme et de combinaison.
- « Je vais juste en prendre un peu plus pour que ça fasse effet. » - Les médicaments à libération prolongée ne fonctionnent pas comme ça. Ajouter une dose supplémentaire ou en mâcher un comprimé peut vous tuer. La réponse : parlez à votre médecin. Il peut ajuster la dose ou changer le traitement.
- « Je n’ai pas besoin de naloxone. » - C’est comme ne pas avoir de extincteur chez soi. Vous n’attendez pas un incendie pour en acheter un. La naloxone est un outil de prévention, pas un signe de « mauvaise usage ».
- « Je ne vais pas appeler les secours, j’ai peur des conséquences. » - En France, la loi protège les personnes qui appellent les secours en cas de surdose (loi du 911). Vous ne serez pas poursuivi pour possession de médicaments si vous agissez pour sauver une vie.
- « Je garde les médicaments dans la salle de bain avec les autres. » - La chaleur et l’humidité dégradent les patchs et les liquides. Stockez-les dans un endroit sec, frais, et hors de portée des enfants.
Et si vous êtes proche d’une personne qui utilise ces médicaments ?
Vous ne pouvez pas forcer quelqu’un à changer. Mais vous pouvez réduire son risque.
- Apprenez à reconnaître les signes d’une surdose : peau bleuâtre, respiration lente ou absente, inconscience, pupilles en pointe.
- Gardez une naloxone chez vous et apprenez à l’utiliser.
- Ne laissez jamais la personne seule après une prise de médicament, surtout si c’est la première fois ou si la dose a changé.
- Encouragez-la à consulter un médecin si elle a peur de la douleur, ou si elle veut arrêter. Il existe des traitements efficaces, comme la buprénorphine ou la méthadone, qui réduisent les risques de surdose de 50 à 70 %.
Une dernière chose : la prévention, c’est aussi une question de système
Les médicaments sont sûrs quand ils sont bien prescrits, bien utilisés, et bien surveillés. Mais trop souvent, les patients sont laissés seuls avec des instructions écrites en petits caractères. Les pharmaciens sont surchargés. Les médecins n’ont pas toujours le temps d’expliquer.
Si vous avez un proche qui prend un patch, un liquide ou un comprimé à libération prolongée, demandez à son médecin ou à son pharmacien : « Est-ce que vous avez vérifié qu’il comprend bien comment l’utiliser ? »
Parce qu’une surdose, c’est rarement un accident. C’est souvent un manque d’information. Et ça, on peut le changer.
La naloxone est-elle efficace contre une surdose causée par un patch de fentanyl ?
Oui. La naloxone fonctionne contre tous les opioïdes, y compris le fentanyl présent dans les patchs. Mais attention : les patchs libèrent le médicament lentement, donc la naloxone peut perdre son effet avant que tout le fentanyl ne soit éliminé. Il faut surveiller la personne pendant plusieurs heures et avoir un second spray prêt au cas où elle retombe en surdose.
Puis-je donner un patch à quelqu’un d’autre si j’en ai un de trop ?
Non. Même si vous pensez que la personne a mal, un patch est prescrit pour une personne précise, avec une dose adaptée à son poids, son âge et sa tolérance. Donner un patch à quelqu’un d’autre peut provoquer une surdose mortelle, même si la personne a déjà pris des opioïdes par le passé.
Les liquides médicamenteux sont-ils plus dangereux que les comprimés ?
Ils ne sont pas plus dangereux en soi, mais ils sont plus faciles à mal doser. Une cuillère à café mal remplie peut être la différence entre une dose efficace et une dose létale. Les comprimés à libération prolongée sont plus dangereux si on les modifie, mais les liquides sont plus vulnérables à l’erreur humaine.
Que faire si je vois quelqu’un qui a perdu connaissance après avoir pris un médicament ?
Appelez immédiatement le 15 ou le 112. Donnez une dose de naloxone si vous en avez. Placez la personne en position latérale de sécurité (PLS). Ne la laissez pas seule. Même si elle reprend conscience, attendez les secours. Le risque de récidive est élevé, surtout avec les médicaments à libération prolongée.
Est-ce que les pharmacies en France distribuent la naloxone gratuitement ?
Non, la naloxone est vendue en pharmacie sans ordonnance, mais elle n’est pas gratuite. En 2026, un spray nasal coûte environ 45 €. Cependant, les mutuelles et certains centres de santé la remboursent partiellement ou totalement si vous avez un proche à risque. Demandez à votre pharmacien ou à votre médecin un bon de prise en charge.
14 Commentaires
C’est fou comment un simple patch peut tuer… J’ai vu ma tante perdre son mari comme ça. Elle pensait qu’il suffisait de le coller plus fort. 😔
Je travaille en hôpital, et je peux vous dire que les surdoses par patchs, c’est de plus en plus courant. On a eu un cas il y a deux semaines : un gars a collé 4 patchs après une douche chaude… Il est arrivé en arrêt cardiaque. La naloxone a sauvé sa vie, mais il est resté 3 jours en réa. Faut vraiment pas jouer avec ça.
Et oui, la naloxone, c’est pas juste pour les toxicos. C’est comme un défibrillateur : tu l’as, tu l’as. Point.
Ah oui, bien sûr, parce que les gens qui prennent des opioïdes, c’est juste des gros nuls qui ne savent pas lire les étiquettes. Comme si c’était pas le système qui les pousse à ça…
Je suis infirmière et j’adore ce post. Merci d’avoir mis les bonnes infos en avant. La naloxone, c’est un vrai bouclier. J’en ai donné 3 fois cette année. Toutes les personnes ont survécu. Et oui, il faut surveiller après, même si elles se réveillent. Le fentanyl revient comme un mauvais rêve.
Vous pouvez demander la naloxone en pharmacie sans honte. On vous la donne avec un petit guide. C’est pas un badge de défaite, c’est un acte d’amour.
La question centrale ici, c’est la délivrance de l’information. Les patients ne reçoivent pas de formation structurée, juste un papier avec des caractères trop petits. Les pharmaciens sont en sous-effectif. Les médecins n’ont pas le temps. Donc le risque n’est pas individuel, il est systémique.
Il faudrait un protocole de délivrance obligatoire avec une validation de compréhension, comme pour les anticoagulants. Sinon, on répète le même scénario. La naloxone est une solution partielle, pas une solution systémique.
Encore un post qui fait peur pour qu’on achète plus de naloxone. Comme si on n’avait pas assez de lois pour nous protéger des conséquences de nos propres bêtises.
Si tu ne comprends pas une ordonnance, appelle ton médecin. Pas besoin de faire un documentaire sur les patchs. C’est juste de la négligence.
Les Français ils sont trop mous. Tu prends un médicament tu le prends comme il faut sinon tu meurs. C’est pas la faute du système c’est la faute de ceux qui ne savent pas lire. Et la naloxone ? On va en mettre dans toutes les maisons maintenant ? On va devenir une nation de bébés en coton ?
Je trouve ça incroyable que dans un pays où on a la Sécurité Sociale, on doive encore expliquer qu’un patch de fentanyl, c’est pas une crème hydratante.
Ma mère a eu un patch après une opération. Elle l’a mis sur son ventre après une douche. J’ai dû lui dire : « Maman, tu ne mets pas un patch comme un post-it ».
On a besoin de campagnes dans les pharmacies, pas juste des brochures oubliées sur le comptoir.
Je me demande si les médecins réalisent à quel point les patients ont peur de poser des questions. J’ai vu un patient qui a pris deux comprimés de tramadol à libération prolongée parce qu’il pensait que le premier n’avait pas marché… Il a failli mourir. Il n’a pas osé appeler le médecin parce qu’il avait peur qu’on le juge.
On a besoin d’un système où on peut poser une question sans avoir l’impression d’être un idiot. Pas juste un numéro vert à 14h.
La naloxone est une solution de pacification morale. On la donne comme une pilule de conscience pour rassurer les gens qui savent qu’ils vivent dans un monde dangereux. Mais ça ne change rien à la culture de la dépendance. La vraie prévention, c’est de ne pas commencer. Pas de spray nasal dans le sac.
Il est regrettable que la culture francophone continue de privilégier la réaction à la prévention. La naloxone, bien qu’utile, est une mesure de dernier recours. Une véritable approche de santé publique impliquerait une éducation pharmacologique dès le lycée, une standardisation des étiquettes, et une obligation de formation pour les prescripteurs. Ce post, bien qu’informatif, reste superficiel. Il ne traite pas les causes structurelles du problème.
Vous savez ce que j’ai fait ? J’ai acheté 3 sprays de naloxone. Un pour moi, un pour ma mère, un pour mon frère. Parce que je ne veux pas qu’un seul d’entre nous meure parce qu’on a cru que « c’était juste un médicament ». Je ne veux pas pleurer à cause d’une erreur de cuillère. J’ai peur. Alors j’agis. Et si vous avez peur aussi ? Faites comme moi. Allez en pharmacie. Demandez. Prenez. C’est pas une honte. C’est du courage.
En tant qu’analyste toxicologique, je confirme : les patchs de fentanyl sont les plus sous-estimés en termes de risque mortel. Une étude de l’ANSM en 2023 montre que 68 % des décès liés aux patchs impliquent une exposition thermique ou une manipulation physique. La poubelle est un lieu de risque élevé. Les familles ne savent pas qu’un patch usagé contient encore 80 % du médicament.
La recommandation de replier le patch sur lui-même est cruciale. C’est une mesure simple, peu coûteuse, et extrêmement efficace. Pourtant, elle est souvent ignorée dans les notices.
Je vais juste dire une chose : j’ai vu mon cousin mourir avec un patch de morphine collé sur le cou. Il pensait que ça allait soulager son mal de dos. Il avait 27 ans. La famille a passé un an à se reprocher de ne pas avoir compris. On a tous lu les instructions. Mais on a cru que c’était une blague. C’est pas une blague. C’est une mort. Donc : ne laissez jamais un patch dans la salle de bain. Et ne dites jamais « je vais juste en mettre un autre ».