- 20 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Vous avez mal à la tête, au dos, ou aux articulations ? Vous vous demandez si vous devez prendre du ibuprofène ou du paracétamol ? Ce n’est pas une question anodine. Ces deux médicaments, souvent considérés comme interchangeables, agissent de manière très différente dans votre corps. Et choisir le mauvais peut vous exposer à des risques inutiles - ou ne pas vous soulager du tout.
Comment fonctionnent-ils vraiment ?
Le paracétamol (ou acetaminophen) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (NSAIDs) ont un objectif commun : réduire la douleur et la fièvre. Mais leur mécanisme est loin d’être le même. Le paracétamol agit principalement dans le cerveau et la moelle épinière. Il bloque la production de certaines molécules impliquées dans la perception de la douleur, mais il ne touche presque pas l’inflammation. C’est pourquoi il fonctionne bien pour une migraine, une gêne après une petite chute, ou une fièvre, mais pas pour une articulation enflée. Les NSAIDs, comme l’ibuprofène ou le naproxène, eux, agissent partout dans le corps. Ils bloquent des enzymes appelées COX-1 et COX-2, responsables de la production de prostaglandines - des substances qui causent à la fois la douleur, la fièvre et l’inflammation. C’est pourquoi un genou gonflé d’arthrose ou un muscle tiré réagit mieux à l’ibuprofène qu’au paracétamol.Et oui, on ne sait pas exactement comment le paracétamol fonctionne. C’est une des grandes énigmes de la pharmacologie moderne. Les NSAIDs, en revanche, ont un mode d’action bien documenté depuis les années 1970.
Quand privilégier le paracétamol ?
Le paracétamol est souvent le premier choix pour les douleurs légères sans inflammation visible. C’est le médicament recommandé pour :- Les maux de tête
- Les douleurs liées à un rhume ou à la grippe
- Les douleurs dentaires légères
- Les courbatures après un effort
- Les douleurs chez les personnes sensibles à l’estomac
Il est aussi le seul analgésique sans risque pour les personnes prenant des anticoagulants comme la warfarine. Contrairement aux NSAIDs, il n’affaiblit pas la capacité du sang à coaguler. C’est une différence cruciale pour les patients ayant un antécédent de caillots ou de saignements.
Et il est plus doux pour l’estomac. Environ 10 à 20 % des personnes qui prennent régulièrement des NSAIDs développent des irritations gastriques, voire des ulcères. Avec le paracétamol, ce risque est quasi nul.
Quand choisir un NSAID ?
Si votre douleur est accompagnée d’un gonflement, d’une chaleur locale, ou d’une raideur, les NSAIDs sont souvent plus efficaces. Ils sont la référence pour :- L’arthrose du genou ou de la hanche
- Les entorses et les foulures
- Les douleurs lombaires ou cervicales d’origine inflammatoire
- Les règles douloureuses
- Les tendinites
Des études montrent clairement que le paracétamol est moins efficace que l’ibuprofène pour traiter la douleur articulaire. Une revue du Hospital for Special Surgery conclut que les patients atteints d’arthrose du genou ressentent nettement moins de douleur avec un NSAID qu’avec du paracétamol.
Et pourtant, les NSAIDs ne sont pas sans danger. À long terme, ils augmentent le risque d’ulcères gastro-intestinaux, de problèmes rénaux, et surtout, d’accidents cardiovasculaires - infarctus ou AVC - surtout à fortes doses ou chez les personnes âgées. Leur usage prolongé doit être encadré.
Les doses, les limites, les pièges
La plupart des gens ne savent pas jusqu’où ils peuvent aller avec ces médicaments. Et c’est là que les problèmes arrivent.Le paracétamol est un piège. Il est dans tant de produits : comprimés contre la fièvre, gélules contre le rhume, médicaments contre la toux. Il est facile de dépasser la dose maximale sans le savoir. La limite quotidienne est de 4 000 mg - soit huit comprimés de 500 mg. Mais les experts recommandent désormais de ne pas dépasser 3 000 mg par jour pour réduire le risque de lésions hépatiques. Un seul excès peut provoquer une insuffisance hépatique aiguë. Aux États-Unis, le paracétamol est à l’origine de plus de 56 000 visites aux urgences chaque année, selon la FDA.
Les NSAIDs ont aussi leurs limites. Pour l’ibuprofène en vente libre, la dose maximale est de 1 200 mg par jour (six comprimés de 200 mg). Pour le naproxène, c’est 660 mg (trois comprimés de 220 mg). Dépasser ces doses augmente le risque de saignements gastriques. Et si vous prenez déjà un aspirine quotidienne pour protéger votre cœur, l’ibuprofène peut annuler son effet. C’est un danger caché.
Et si vous combiniez les deux ?
C’est peut-être la meilleure stratégie. Plusieurs études récentes, citées par la Mayo Clinic et le Hospital for Special Surgery, montrent que prendre paracétamol et NSAID ensemble peut offrir un soulagement aussi efficace qu’une dose plus élevée d’un seul médicament - avec moins d’effets secondaires.Par exemple : prenez 500 mg de paracétamol à 8h, 200 mg d’ibuprofène à 14h, puis 500 mg de paracétamol à 20h. Vous maintenez un soulagement constant, sans surcharger votre foie ni votre estomac. C’est une approche courante chez les patients souffrant de douleurs chroniques, surtout après une chirurgie ou en cas d’arthrose.
Les médecins recommandent aussi de les alterner : un jour, vous prenez du paracétamol ; le lendemain, un NSAID. Cela permet de limiter l’exposition à chaque substance.
Qui doit faire attention ?
Ce n’est pas pour tout le monde. Certains profils doivent éviter l’un ou l’autre :- Personnes avec un foie endommagé : évitez le paracétamol. Même à faible dose, il peut être toxique.
- Personnes avec un ulcère ou une gastrite : évitez les NSAIDs. Même les formes « protectrices » de l’estomac ne sont pas totalement sûres.
- Personnes âgées ou avec des problèmes rénaux : les NSAIDs peuvent aggraver la fonction rénale.
- Personnes sous anticoagulants : privilégiez le paracétamol. Les NSAIDs augmentent le risque de saignement.
- Personnes avec un antécédent de crise cardiaque ou d’AVC : les NSAIDs (sauf l’aspirine à faible dose) sont déconseillés.
Si vous avez une maladie chronique ou que vous prenez plusieurs médicaments, parlez-en à votre médecin avant de choisir. Ce n’est pas une question de « ce qui marche le mieux » - c’est une question de « ce qui est le plus sûr pour vous ».
Le verdict : quel médicament choisir ?
Il n’y a pas de « meilleur » analgésique. Il y a le « meilleur pour vous ».- Si vous avez une douleur inflammatoire - genou enflé, dos tiré, tendinite - choisissez un NSAID (ibuprofène ou naproxène).
- Si vous avez une douleur non inflammatoire - migraine, fièvre, douleur dentaire - choisissez le paracétamol.
- Si vous êtes incertain, commencez par le paracétamol : il est plus doux pour l’estomac et moins risqué à court terme.
- Si une seule dose ne suffit pas, combinez les deux, ou alternez-les.
- Ne dépassez jamais les doses recommandées. Et lisez toujours les étiquettes : le paracétamol est dans 200 médicaments différents.
La douleur est une alerte de votre corps. Les médicaments la cachent, mais ne guérissent pas la cause. Si la douleur persiste plus de quelques jours, ou si elle s’aggrave, consultez un professionnel. Un traitement approprié, c’est aussi savoir quand arrêter de se soigner soi-même.
Le paracétamol et l’ibuprofène peuvent-ils être pris ensemble ?
Oui, c’est souvent recommandé. Prendre paracétamol et ibuprofène ensemble peut offrir un soulagement plus efficace que l’un seul, tout en permettant d’utiliser des doses plus faibles de chaque médicament. Cela réduit les risques de toxicité. Par exemple : 500 mg de paracétamol à 8h, puis 200 mg d’ibuprofène à 14h, et à nouveau 500 mg de paracétamol à 20h. Il faut respecter les intervalles de 4 à 6 heures entre les prises et ne pas dépasser les doses maximales journalières.
Pourquoi le paracétamol ne réduit-il pas l’inflammation ?
Le paracétamol agit principalement dans le système nerveux central - c’est-à-dire dans le cerveau et la moelle épinière - pour atténuer la perception de la douleur. Il n’inhibe pas les enzymes COX dans les tissus périphériques (comme les articulations ou les muscles), qui sont responsables de la production des substances inflammatoires. C’est pourquoi il soulage la douleur, mais ne réduit pas le gonflement, la chaleur ou la rougeur.
Quel est le risque de prendre trop de paracétamol ?
Prendre plus de 4 000 mg de paracétamol par jour peut provoquer une insuffisance hépatique aiguë, parfois mortelle. Ce risque existe même chez les personnes en bonne santé. En France, les cas de surdosage accidentel sont fréquents, surtout quand les gens combinent plusieurs médicaments contenant du paracétamol - comme des sirops contre la toux ou des comprimés contre le rhume. La limite recommandée est désormais de 3 000 mg par jour pour réduire ce risque.
Les NSAIDs sont-ils dangereux pour le cœur ?
Oui, surtout à long terme ou à fortes doses. Tous les NSAIDs - y compris l’ibuprofène et le naproxène - augmentent légèrement le risque d’infarctus du myocarde et d’AVC. Ce risque est plus élevé chez les personnes âgées, celles ayant déjà eu un problème cardiovasculaire, ou celles qui prennent ces médicaments plusieurs semaines d’affilée. L’aspirine à faible dose reste une exception : elle protège le cœur, tandis que les autres NSAIDs peuvent l’endommager.
Puis-je prendre du paracétamol si j’ai un ulcère ?
Oui, le paracétamol est le choix le plus sûr pour les personnes ayant un ulcère ou une gastrite. Contrairement aux NSAIDs, il ne provoque pas d’irritation de la muqueuse gastrique. Il n’empêche pas la guérison de l’ulcère, mais il ne l’aggrave pas non plus. C’est pourquoi il est souvent recommandé en premier lieu dans ces cas.
Le paracétamol est-il plus efficace que l’ibuprofène pour les douleurs menstruelles ?
Pas nécessairement. Les douleurs menstruelles sont causées par une inflammation de l’utérus. L’ibuprofène, en bloquant cette inflammation, est souvent plus efficace que le paracétamol. Beaucoup de femmes constatent une nette amélioration avec un NSAID. Toutefois, si vous avez un estomac sensible, le paracétamol peut être une bonne alternative, même s’il est un peu moins puissant.