- 24 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Le foie gras non alcoolique, ou NAFLD, n’est pas une seule maladie. C’est un spectre qui va d’une accumulation de graisse bénigne à une inflammation sévère pouvant mener à la cirrhose. Beaucoup de gens pensent qu’un foie gras, c’est juste un problème de poids. Ce n’est pas vrai. Ce qui sépare la forme simple de la forme dangereuse, c’est quelque chose que les médecins appellent l’inflammation et la lésion cellulaire. Et cette différence peut changer votre vie.
Qu’est-ce que le NAFLD et le NASH ?
Le NAFLD, ou maladie du foie gras non alcoolique, regroupe deux conditions très différentes. La première, appelée NAFL (foie gras simple), signifie simplement que votre foie contient plus de 5 % de graisse. Il n’y a pas de dommage aux cellules, pas d’inflammation. La plupart des gens avec ce diagnostic ne ressentent rien. Leur foie fonctionne normalement. Ils peuvent vivre des décennies sans problème.
Le NASH, lui, c’est autre chose. C’est la forme avancée du NAFLD. Ici, la graisse est présente, mais en plus, les cellules du foie sont blessées, enflées, et le tissu est enflammé. Ce n’est pas juste une accumulation de graisse. C’est une réaction du corps qui commence à se détruire lui-même. Sans intervention, cette inflammation peut entraîner la formation de cicatrices : la fibrose. Et si la fibrose progresse, elle devient cirrhose. Et la cirrhose, c’est la porte d’entrée vers un cancer du foie ou une insuffisance hépatique.
En 2023, les grandes sociétés de hépatologie - l’AASLD, l’EASL - ont changé les noms pour mieux refléter la cause réelle : ce n’est pas l’alcool qui est en cause, c’est le métabolisme. Le NAFLD est maintenant appelé MASLD (Maladie du foie gras associée à un dysfonctionnement métabolique). Le NASH devient MASH. Le terme « non alcoolique » a été supprimé parce qu’il créait de la confusion et de la stigmatisation. Ce n’est pas une question de boisson. C’est une question de sucre, de graisse, d’insuline et de poids.
Comment savoir si vous avez un NAFL ou un NASH ?
Le problème, c’est que ni le NAFL ni le NASH ne causent de symptômes au début. Vous n’avez pas mal au ventre. Vous ne perdez pas de poids. Vous ne vomissez pas. La plupart des gens découvrent qu’ils ont un foie gras par hasard : une analyse de sang pour une autre raison montre des enzymes hépatiques élevées (ALT ou AST). Ou un échographie abdominale révèle une image « brillante » du foie, signe de graisse.
Mais une échographie ne peut pas dire si c’est un NAFL ou un NASH. Elle voit la graisse, pas l’inflammation. Pour cela, il faut un test plus précis. Le FIB-4 est un score calculé à partir de votre âge, de votre taux d’ALT, d’AST et du nombre de plaquettes. Si ce score dépasse 1,30, on soupçonne une fibrose. Si vous êtes diabétique et que votre score dépasse 2,67, le risque de fibrose avancée est élevé.
Le FibroScan est un appareil non invasif qui mesure la rigidité du foie. Plus il est dur, plus il y a de cicatrices. Un résultat supérieur à 7,1 kPa suggère une fibrose significative. Mais seul un biopsie du foie peut confirmer le NASH. C’est le seul test qui montre les cellules enflées, l’inflammation et le degré de fibrose. C’est invasif, avec un risque minime de saignement (0,01 %), alors on ne le fait que si les autres tests indiquent un risque élevé.
La fibrose : le vrai ennemi
Le NASH ne tue pas directement. C’est la fibrose qui tue. On la classe de 0 à 4 :
- F0 : pas de fibrose
- F1 : fibrose légère autour des veines
- F2 : fibrose modérée, plus étendue
- F3 : fibrose en pont, le tissu cicatriciel relie les zones du foie
- F4 : cirrhose, le foie est recouvert de cicatrices, il ne fonctionne plus bien
Une étude de 15 ans sur 1 245 patients a montré que seulement 12,3 % des personnes avec un NAFL ont développé une fibrose avancée. Mais chez les personnes avec un NASH, c’est 41,7 %. Et si vous êtes en F3 ou F4, votre risque de mort liée au foie dans les 10 prochaines années passe de 0,5 % à 12-25 %.
Le Dr Arun Sanyal, l’un des plus grands experts mondiaux, le dit clairement : « Ce n’est pas le NASH qui est le plus dangereux, c’est la fibrose. » Même si vous avez un NASH, tant que vous êtes en F0-F2, votre pronostic est bon. Mais si vous atteignez F3, c’est une urgence.
Qui est à risque ?
Le NASH ne touche pas tout le monde de la même façon. Il suit un profil très précis :
- Obésité : 70 à 90 % des personnes avec NASH ont un IMC ≥ 30
- Diabète de type 2 : 50 à 70 % des patients avec NASH sont diabétiques
- Hypertension : 60 à 75 % des cas
- Cholestérol et triglycérides élevés
- Sommeil perturbé : l’apnée du sommeil est présente chez 30 à 50 % des patients
Si vous avez trois de ces cinq facteurs, vous avez ce qu’on appelle le syndrome métabolique. Et vous êtes dans la zone rouge. Même si vous n’êtes pas obèse, si vous avez un tour de taille > 102 cm pour les hommes ou > 88 cm pour les femmes, et que vous êtes diabétique, vous êtes à risque.
Les études montrent que 20 % des personnes avec un NAFL développent un NASH sur 10 à 15 ans. Mais si vous avez un syndrome métabolique, ce taux peut doubler.
Que faire si vous êtes diagnostiqué ?
Il n’existe pas encore de médicament approuvé pour tout le monde. Mais il y en a un : resmetirom (Rezdiffra), approuvé par la FDA en mars 2023. Il est réservé aux patients avec fibrose modérée à avancée. Il réduit la graisse et la fibrose chez environ 26 % des patients. Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est un début.
La meilleure arme contre le NASH, c’est toujours la perte de poids. Et pas une perte de 2 ou 3 kilos. Il faut perdre 7 à 10 % de votre poids total. Une étude a montré que 90 % des patients qui ont perdu cette quantité ont vu leur NASH disparaître et revenir à un simple foie gras. 85 % ont vu leur fibrose s’améliorer.
Un patient sur Reddit a écrit : « J’ai perdu 10 % de mon poids en 18 mois. Mon biopsie a montré que le NASH était parti. » Ce n’est pas un cas isolé. C’est la règle.
Le changement de mode de vie doit être radical : réduire les sucres ajoutés, les boissons sucrées, les produits ultra-transformés. Manger plus de légumes, de protéines maigres, de fibres. Faire 150 minutes d’activité physique par semaine. Ce n’est pas un régime. C’est une rééducation.
Les erreurs courantes
Beaucoup de gens pensent que si leurs enzymes hépatiques sont normales, tout va bien. C’est faux. Une étude de 2022 a montré que 41 % des patients avec fibrose avancée avaient des enzymes dans la norme.
D’autres croient que les compléments ou les herbes peuvent guérir le NASH. Il n’existe aucune preuve solide que le curcuma, le chardon-Marie ou le vitamine E soient efficaces à long terme. Le seul traitement validé, c’est la perte de poids.
Et puis il y a le déni. « Je ne bois pas, donc ce n’est pas grave. » Non. Ce n’est pas une question d’alcool. C’est une question de métabolisme. Et si vous avez un diabète ou une hypertension, votre foie est en danger.
Que faire maintenant ?
Si vous avez un excès de poids, du diabète ou une hypertension, demandez à votre médecin un test d’ALT et d’AST. Si les résultats sont élevés, demandez un FibroScan ou un calcul de FIB-4. Si le score est élevé, demandez une référence à un hépatologue. Ne laissez pas passer les années.
Le NASH est silencieux. Il ne crie pas. Il ne vous fait pas mal. Il ne vous réveille pas la nuit. Mais il détruit votre foie, lentement, sans que vous le sachiez. Et la bonne nouvelle, c’est qu’à ce stade, il est encore réversible. Mais seulement si vous agissez avant que les cicatrices ne deviennent permanentes.
Le foie est un organe incroyable. Il peut se régénérer. Mais seulement s’il n’est pas trop endommagé. Votre prochaine décision pourrait décider de la santé de votre foie dans 10 ans. Ne l’ignorez pas.
Le NAFLD et le NASH sont-ils les mêmes choses ?
Non. Le NAFLD est un terme général qui inclut deux conditions : le NAFL (foie gras simple, sans inflammation) et le NASH (foie gras avec inflammation et lésions cellulaires). Le NASH est la forme avancée et plus dangereuse, car elle peut entraîner une fibrose et une cirrhose.
Le NASH peut-il disparaître sans médicament ?
Oui. La perte de poids de 7 à 10 % du poids corporel permet de faire régresser le NASH chez 90 % des patients. C’est la seule méthode prouvée pour inverser la maladie. Les médicaments existent, mais ils sont réservés aux cas avancés. Le changement de mode de vie reste la première ligne de traitement.
Pourquoi les noms ont-ils changé de NAFLD/NASH à MASLD/MASH ?
Le terme « non alcoolique » était trompeur et stigmatisant. La maladie n’est pas causée par l’alcool, mais par un dysfonctionnement métabolique : obésité, diabète, hypertension. Le nouveau nom, MASLD (Maladie du foie gras associée à un dysfonctionnement métabolique), reflète mieux la cause réelle et encourage une approche plus proactive.
Faut-il faire une biopsie du foie pour confirmer le NASH ?
La biopsie est le seul test capable de confirmer le NASH avec certitude. Mais elle n’est pas nécessaire pour tout le monde. Elle est recommandée uniquement si les tests non invasifs (FibroScan, FIB-4) suggèrent une fibrose avancée, ou si le diagnostic est incertain. Elle comporte un risque très faible de complications.
Le NASH augmente-t-il le risque de cancer du foie ?
Oui. Environ 5 à 12 % des personnes atteintes de NASH développent un cancer du foie (hépatocarcinome) dans les 10 à 20 ans suivant le diagnostic. Ce risque est directement lié au degré de fibrose. Les patients en stade F3-F4 ont un risque 10 fois plus élevé que ceux en F0-F2.
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