- 2 févr. 2026
- Élise Marivaux
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En 2024, les médicaments génériques et biosimilaires ont permis aux États-Unis d’économiser 467 milliards de dollars sur les dépenses de santé. C’est plus que le budget annuel de la plupart des pays européens. Et ce n’est pas un coup de chance : sur la dernière décennie (2015-2024), ces médicaments ont fait économiser plus de 3,4 billions de dollars au système de santé américain. Pourtant, peu de gens savent exactement combien ils économisent eux-mêmes en prenant un générique au lieu d’un médicament de marque.
90 % des ordonnances, 12 % des dépenses
En 2024, 3,9 milliards d’ordonnances ont été remplies aux États-Unis. 90 % d’entre elles concernaient des médicaments génériques ou biosimilaires. Pourtant, ces 90 % ne représentaient que 12 % du total des dépenses en médicaments sur ordonnance. Les médicaments de marque, eux, représentaient seulement 10 % des ordonnances - mais 88 % des coûts. Cela signifie qu’un patient qui prend un générique paie en moyenne cinq fois moins qu’un patient qui prend le médicament de marque.Le coût moyen à la charge du patient pour un générique était de 6,95 $ en 2024. Pour un médicament de marque, c’était 28,69 $. Pour les personnes sans assurance, la différence est encore plus brutale : un médicament de marque coûte en moyenne 130,18 $, tandis qu’un générique a baissé de 6 % depuis 2019, passant à environ 4,50 $ par ordonnance. C’est une économie de plus de 125 $ par ordonnance pour les plus vulnérables.
Les biosimilaires : une révolution silencieuse
Les biosimilaires, des versions moins chères des médicaments biologiques (utilisés pour le cancer, les maladies auto-immunes, le diabète…), ont généré 20,2 milliards de dollars d’économies en 2024 - presque le double de l’année précédente. Depuis leur arrivée sur le marché en 2015, ils ont cumulé 56,2 milliards de dollars d’économies. Et ce n’est que le début : 60 % de ces économies ont été réalisées au cours des deux dernières années seulement.Plus de 3,3 milliards de jours de traitement ont été couverts par des biosimilaires. Aucun problème clinique spécifique n’a été signalé. Les patients ne prennent pas un « substitut » : ils prennent un médicament aussi efficace, mais à un prix bien plus bas. Pourtant, peu de médecins en parlent encore ou les prescrivent systématiquement.
Les génériques font baisser les prix - même quand tout augmente
Alors que les prix des médicaments de marque ont augmenté de 4,5 % en janvier 2025 (deux fois plus que l’inflation générale), les génériques continuent de baisser. Depuis 2019, les dépenses totales pour les génériques aux États-Unis ont diminué de 6,4 milliards de dollars, alors que le nombre d’ordonnances a augmenté de 15 % (passant de 167 à 197 milliards de comprimés et capsules). C’est un phénomène unique : un marché où la demande augmente, mais les prix baissent.En mai 2025, les génériques ont généré 40 millions de dollars d’économies pour Medicaid, contre seulement 26 millions de dollars d’augmentations de prix pour les autres médicaments. En juin, le surplus d’économie a atteint 17 millions de dollars. Ce n’est pas un hasard : les génériques sont la seule catégorie de médicaments qui réduit constamment les coûts du système de santé.
Les économies pour Medicare
Medicare, le programme de santé publique pour les seniors, a économisé 142 milliards de dollars en 2024 grâce aux génériques. Soit 2 643 $ par bénéficiaire. Cela signifie qu’un retraité qui prend un générique au lieu d’un médicament de marque peut économiser plusieurs centaines de dollars par an - sans compromettre sa santé. Pourtant, de nombreux patients continuent de demander les marques, pensant qu’elles sont « meilleures ».Le piège des « dérives » pharmaceutiques
Malgré ces chiffres impressionnants, le système des génériques est menacé. Les grandes entreprises pharmaceutiques utilisent des stratégies pour bloquer la concurrence : brevets en cascade (« patent thicketing »), changements mineurs de formule pour prolonger les monopoles (« product hopping »), ou encore des accords secrets avec les fabricants de génériques pour les empêcher de lancer leurs produits (« pay-for-delay »).Un seul exemple : le médicament Vasostrict, un vasoconstricteur, a vu son prix chuter de 76 % entre avril et juillet 2025 - après que le générique est entré sur le marché. Mais avant cela, le prix avait été maintenu artificiellement haut pendant des années. Ces pratiques coûtent 12 milliards de dollars par an aux Américains. Interdire les accords « pay-for-delay » permettrait d’économiser 45 milliards de dollars sur 10 ans.
Le paradoxe des génériques
Plus les génériques réussissent, plus les fabricants sont menacés. Les marges sont si faibles que certains fabricants ne peuvent plus produire certains médicaments. Résultat : des pénuries. En 2024, plus de 300 médicaments génériques ont été en rupture de stock aux États-Unis. Des médicaments essentiels comme l’insuline, les antibiotiques ou les traitements contre l’épilepsie.Les fabricants de génériques ne sont pas des entreprises sans scrupules. Ce sont souvent de petites usines, avec des marges de 5 à 10 %. Quand un médicament tombe en générique, le prix chute de 80 à 90 % en quelques mois. Il faut alors vendre des millions de comprimés pour gagner quelques cents par unité. Sans soutien politique, ces entreprises disparaissent - et avec elles, les médicaments abordables.
Et en France ?
En France, les génériques représentent environ 50 % des prescriptions. Le système est plus régulé : les prix sont fixés par l’État, et les pharmacies doivent proposer le générique le moins cher. Mais les économies ne sont pas aussi massives qu’aux États-Unis. En 2024, les génériques ont permis d’économiser environ 1,2 milliard d’euros. Ce n’est pas négligeable, mais c’est loin du potentiel. La France pourrait faire bien plus si les médecins prescrivaient systématiquement les génériques et si les patients n’hésitaient pas à les demander.Que faire pour maximiser vos économies ?
- Demandez toujours à votre médecin : « Existe-t-il un générique pour ce médicament ? »
- Si votre pharmacien vous propose un générique, acceptez-le. Il est aussi efficace, testé, et approuvé.
- Comparez les prix : un même générique peut coûter 30 % de moins dans une pharmacie qu’une autre.
- Utilisez les programmes de fidélité ou les cartes de réduction : certains génériques sont à moins de 1 € en pharmacie.
- Ne confondez pas « générique » et « moins bon » : la même réglementation s’applique aux deux.
Les génériques ne sont pas une solution de dernier recours. Ce sont la clé pour un système de santé durable. Et si vous prenez un générique, vous n’êtes pas juste un patient : vous êtes un acteur de l’économie de santé.
Les médicaments génériques sont-ils aussi efficaces que les médicaments de marque ?
Oui, absolument. Les génériques contiennent la même substance active, dans la même dose, et agissent de la même manière que le médicament de marque. Ils doivent passer les mêmes tests de qualité, d’efficacité et de sécurité par les autorités sanitaires (comme la FDA aux États-Unis ou l’ANSM en France). La seule différence est le nom, l’emballage, et le prix - qui est jusqu’à 90 % plus bas.
Pourquoi les génériques sont-ils si peu chers ?
Parce qu’ils ne coûtent pas cher à développer. Le fabricant de générique n’a pas à faire les coûteuses études cliniques pour prouver l’efficacité : il s’appuie sur les données déjà existantes du médicament de marque. Il n’a pas non plus à dépenser des milliards en publicité. Son seul coût est la production. Ce qui permet de vendre les comprimés à un prix très bas.
Les génériques provoquent-ils plus d’effets secondaires ?
Non. Les études montrent que les taux d’effets secondaires sont identiques entre les génériques et les médicaments de marque. Les différences mineures dans les excipients (colorants, liants) ne changent pas l’action du médicament sur le corps. Des millions de patients les prennent chaque jour sans problème.
Pourquoi certains médicaments n’ont-ils pas de générique ?
Parce qu’ils sont encore sous brevet. Un médicament de marque est protégé par un brevet pendant 20 ans. Après cela, d’autres fabricants peuvent produire une version générique. Pour les médicaments biologiques (comme ceux pour le cancer ou la sclérose en plaques), le délai est plus long - jusqu’à 12 ans - et les génériques s’appellent « biosimilaires ». Ils sont plus complexes à produire, ce qui explique leur prix plus élevé.
Les génériques sont-ils disponibles partout dans le monde ?
Oui, mais avec des différences. Aux États-Unis, 90 % des ordonnances sont des génériques. En France, c’est environ 50 %. Dans certains pays en développement, les génériques sont la seule option disponible. Leur accès dépend des lois locales, des politiques de santé et de la capacité des pharmacies à les stocker. Mais dans la plupart des pays développés, ils sont largement disponibles et recommandés.
4 Commentaires
90 % des ordonnances pour 12 % des coûts ??? C’est pas magique, c’est de la fraude !!!! Les labos font exprès de surtaxer les marques pour que les gens se tournent vers les génériques… et puis ils disent que c’est « éthique » 😂
Je trouve ça incroyablement important ce que tu partages. Beaucoup pensent encore que les génériques sont « de la merde »… alors qu’ils sauvent des vies, surtout pour les retraités. J’ai vu ma mère passer de 300 € à 25 € par mois sur ses traitements. Elle pleurait de soulagement. C’est pas juste de la chimie, c’est de la justice sociale.
j’ai pris un générique pour mon anti-inflammatoire et j’ai eu une petite réaction… mais c’était juste une intolérance au colorant, pas au principe actif… j’ai changé de marque et tout allait bien 😅
LES GÉNÉRIQUES C’EST LA RÉVOLUTION ! PAS DE PUBLICITÉ PAS DE BREVETS FUMÉS PAS DE TARIFS FOLLS ! LES LABOS SE FAISSENT DE L’ARGENT SUR LE DOS DES MALADES ET LES GÉNÉRIQUES LES METTENT À TERRE !