- 23 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Vous êtes en voyage, votre médicament habituel a disparu, et vous devez le faire remplir à l’étranger. Vous avez la boîte, mais la notice est en anglais. Le pharmacien vous regarde, perplexe. Vous dites : "C’est de l’Advil". Il répond : "Nous n’avons pas ça ici." Ce n’est pas un problème de langue, c’est un problème de traduction médicaments.
Les noms de médicaments changent d’un pays à l’autre
Advil, en Amérique, c’est de l’ibuprofène. En France, vous le trouvez sous le nom d’Ibuprofène. En Pologne, c’est Abfen. En Allemagne, c’est Brufen. Ce n’est pas la même marque - c’est le même ingrédient actif. Mais si vous ne savez pas cela, vous risquez de ne pas trouver votre médicament, ou pire, d’en prendre un différent.
Le problème va plus loin. Certains noms de médicaments se ressemblent, mais ont des effets totalement opposés. En Grande-Bretagne, Ambyen est un traitement pour les battements cardiaques irréguliers. Aux États-Unis, Ambien est un somnifère. Confondre les deux peut entraîner une réaction dangereuse, voire mortelle. Ce n’est pas une erreur rare : des études montrent que plus de 68 % des professionnels de santé ont déjà rencontré des problèmes avec des ordonnances étrangères à cause de cette confusion.
La solution ? Ne vous fiez pas au nom de marque. Cherchez toujours l’ingrédient actif. Sur votre ordonnance ou sur la boîte, cherchez le nom en lettres minuscules : ibuprofène, paracétamol, amoxicilline. C’est ce qui compte. Ce sont ces noms-là que les pharmacies étrangères utilisent dans leurs systèmes. Les noms de marque, eux, sont locaux, variables, et souvent inconnus à l’étranger.
Les doses ne sont pas écrites de la même manière
Une ordonnance dit : "Prendre 1g toutes les 6 heures." En France, cela signifie 1 gramme - soit 1000 milligrammes. Mais en Amérique, certaines personnes lisent "1g" comme "1 gramme" sans comprendre que c’est la même chose que 1000 mg. Et si le pharmacien ne vérifie pas ? Il peut vous donner une pilule de 100 mg, pensant que vous demandez 100 milligrammes.
Les formats de dose varient aussi. Aux États-Unis, on écrit souvent "5 mg". En Europe, on écrit "5 mg" aussi, mais parfois on utilise "0,005 g". En Asie, certains pays écrivent les doses en "mg" mais avec des virgules au lieu de points : "5,0 mg". Si vous ne comprenez pas ces différences, vous risquez de prendre 10 fois trop ou 10 fois trop peu.
La règle simple : toujours convertir les doses en milligrammes (mg). C’est l’unité universelle dans les pharmacies. Si votre ordonnance dit "1 g", écrivez "1000 mg". Si elle dit "0,5 g", écrivez "500 mg". Cela évite toute ambiguïté. Et si vous avez un doute, montrez la boîte du médicament - le nombre sur la pilule est souvent plus clair que l’ordonnance.
Les instructions d’usage doivent être traduites avec précision
"Prendre 1 comprimé par jour" ne semble pas compliqué. Mais en anglais, "take one tablet daily" peut être mal interprété comme "take one tablet per day" - ce qui est correct - ou comme "take one tablet when needed". En espagnol, "tomar una pastilla cada 6 horas" peut être traduit par "prendre une pilule toutes les 6 heures" ou "prendre une pilule 6 fois par jour". La différence est énorme.
Les pharmacies étrangères utilisent des systèmes de traduction spécialisés pour les instructions de prise, appelées SIG (Signa). Ces systèmes sont connectés à des bases de données médicales qui comprennent les termes exacts pour chaque langue. Google Translate ne peut pas faire cela. Il ne sait pas que "bid" signifie "deux fois par jour" en anglais médical, ou que "tid" veut dire "trois fois par jour".
Si vous êtes un voyageur, ne comptez pas sur une application de traduction. Apportez avec vous une note écrite à la main : "Nom du médicament : ibuprofène. Dose : 400 mg. Fréquence : 3 fois par jour après les repas. Durée : 5 jours." Traduisez cette note dans la langue du pays où vous allez. Utilisez un service de traduction médicale fiable, ou demandez à votre pharmacien en France de vous la fournir. C’est plus sûr que tout ce que vous pouvez trouver en ligne.
Les pharmacies étrangères ne sont pas obligées de vous vendre votre médicament
En France, une ordonnance signée par un médecin suffit. En Allemagne, certains médicaments nécessitent une ordonnance avec un code spécifique. Aux Émirats Arabes Unis, les opioïdes sont interdits, même avec ordonnance. Au Japon, le pseudoéphédrine est classé comme drogue contrôlée. Ce que vous prenez chez vous peut être interdit, limité, ou soumis à des règles strictes ailleurs.
Avant de voyager, vérifiez les règles du pays de destination sur le site de l’ambassade ou du ministère de la Santé. Certains pays demandent une lettre du médecin expliquant pourquoi vous avez besoin du médicament. D’autres exigent que vous apportiez les médicaments dans leur emballage d’origine, avec la notice originale.
Ne supposez jamais que ce qui est légal chez vous l’est aussi à l’étranger. Même les médicaments en vente libre peuvent être contrôlés. Par exemple, le mélatonine est disponible sans ordonnance aux États-Unis, mais est classé comme médicament sur ordonnance en France. Et si vous en apportez en France, vous risquez d’être arrêté à l’aéroport.
Les outils fiables pour traduire les médicaments
Vous n’avez pas besoin d’un service professionnel pour chaque médicament. Mais vous avez besoin d’outils fiables.
- Drugs.com/International : tapez le nom de votre médicament, et il vous donne les équivalents dans plus de 30 pays. C’est ce que les voyageurs utilisent pour trouver de l’ibuprofène à Paris quand leur Advil est fini.
- WHO INN Database : la base de données des noms génériques internationaux de l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle liste tous les ingrédients actifs avec leurs noms exacts dans chaque langue. Pas de marque, juste la substance.
- RxTran et Stepes : ces services sont utilisés par les pharmacies pour traduire les ordonnances en temps réel. Ils sont précis, certifiés, et utilisent des bases de données médicales mises à jour quotidiennement.
Évitez Google Translate, DeepL, ou toute application de traduction générale pour les ordonnances. Ils ne comprennent pas les termes médicaux, les unités, ou les contextes cliniques. Une étude de l’Institut National de la Santé montre que les traductions automatisées causent des erreurs dans 37 % des cas pour les médicaments complexes.
Comment préparer votre voyage pour éviter les erreurs
Voici ce que vous devez faire avant de partir :
- Écrivez le nom générique de chaque médicament (pas la marque).
- Écrivez la dose exacte en milligrammes (mg).
- Écrivez la fréquence de prise (ex. : "3 fois par jour").
- Traduisez ces informations dans la langue du pays que vous visitez.
- Apportez une copie de votre ordonnance originale, signée et datée.
- Apportez les médicaments dans leur emballage d’origine, avec la notice.
- Prenez au moins 2 semaines de plus que ce dont vous avez besoin.
Si vous avez un traitement chronique, demandez à votre médecin de vous fournir une lettre expliquant votre condition et la nécessité du traitement. Certains pays exigent cela. Et gardez toujours une copie numérique de tout cela sur votre téléphone, en plus de la version papier.
Les erreurs les plus courantes - et comment les éviter
Voici les erreurs que les voyageurs font le plus souvent :
- Confondre le nom de marque avec l’ingrédient actif : "Je veux de l’Advil" → "Nous n’en avons pas".
- Ne pas convertir les grammes en milligrammes : "1g" au lieu de "1000 mg".
- Traduire "bid" comme "deux fois" sans préciser "par jour".
- Apporter des médicaments interdits, comme des décongestionnants contenant de la pseudoéphédrine.
- Ne pas vérifier les règles locales avant de partir.
La solution ? Toujours demander : "Quel est l’ingrédient actif ?" Et : "Est-ce que c’est la même chose que [votre ingrédient] ?"
Les pharmacies étrangères sont souvent très aidantes - si vous leur donnez les bons éléments. Montrez la boîte. Montrez la notice. Montrez votre note écrite. Ils verront que vous êtes sérieux. Et ils vous aideront.
Les pharmacies peuvent-elles traduire les ordonnances pour vous ?
Beaucoup le font, surtout dans les grandes villes ou les pays avec beaucoup de touristes. Mais ce n’est pas garanti. En France, une pharmacie peut traduire une ordonnance anglaise si elle est claire. En Espagne, les pharmacies de Barcelone sont habituées aux ordonnances allemandes. Mais dans un petit village en Italie ? Pas sûr.
Les pharmacies professionnelles utilisent des logiciels comme RxTran pour traduire automatiquement les ordonnances en temps réel. Mais pour les voyageurs ? Il n’y a pas de service public gratuit. Vous devez préparer votre propre traduction. C’est votre responsabilité de sécurité.
Ne comptez pas sur le pharmacien pour deviner. Il ne connaît pas votre traitement. Il ne connaît pas votre corps. Il ne connaît pas votre historique médical. Il ne peut pas prendre ce risque.
La seule personne qui peut vous garantir une traduction fiable, c’est vous - en préparant tout à l’avance.
13 Commentaires
Franchement, ce genre d’article sauve des vies. J’ai failli me faire arnaquer à Barcelone en demandant de l’Advil… J’ai fini par montrer la boîte, et le pharmacien a rigolé en disant "Ah, l’ibuprofène !" 😅
Encore un Français qui croit que le monde entier doit s’adapter à ses habitudes. On a des noms de médicaments différents parce que notre système de santé est plus rationnel. Vous voulez du "ibuprofène" ? Alors apprenez-le. Pas la peine de réclamer une traduction comme si vous étiez en vacances dans un pays du Tiers-Monde. On n’est pas en Amérique ici.
Correction : "1g" n’est pas "1 gramme" en français, c’est "1 g" avec un espace. Et "0,5 g" est correct, mais "500 mg" est préférable. Vous avez mal orthographié "paracétamol" dans votre texte - c’est avec un "c", pas un "k". Ce n’est pas une question d’accent, c’est une question de précision médicale. Et ne parlez pas de "SIG" comme si c’était un acronyme universel - c’est du jargon anglo-saxon. En France, on dit "mode d’emploi".
Je trouve ça profondément humain, ce que vous décrivez ici. La médecine, c’est aussi une question de confiance. Quand on est malade dans un pays étranger, on n’a pas besoin de jargon, ni de traductions automatiques. On a besoin qu’on nous comprenne. Et parfois, juste montrer la boîte, c’est déjà un pont.
Ok, mais qui a dit que les pharmaciens étrangers étaient des génies ? J’ai vu un type à Berlin demander du "paracétamol" et on lui a donné du paracétamol… avec un cachet de 1000 mg. Il a pris deux. Il a failli se faire un foie en béton. Donc non, ce n’est pas juste une question de traduction - c’est une question de compétence. Et les pharmaciens, souvent, sont mal formés. C’est pas vous qui allez réparer ça avec un Post-it.
Je suis allée à Kyoto l’année dernière avec un traitement pour l’arthrite. J’avais écrit en japonais : "100 mg d’ibuprofène, trois fois par jour après les repas". Le pharmacien m’a regardée, a souri, et m’a donné la boîte avec un petit mot écrit à la main : "ご安心ください" - "Ne vous inquiétez pas". C’est ça, la médecine. Pas les bases de données. La gentillesse.
Je travaille dans une pharmacie en banlieue parisienne, et je vois chaque semaine des touristes paniqués. Ce que je leur dis toujours, c’est : montrez la boîte, montrez la notice, montrez votre ordonnance. Même si vous ne parlez pas un mot de français, si vous avez ça, on vous comprend. La médecine, c’est universel quand on est clair. Et oui, les gens qui disent "je veux de l’Advil"… on leur répond : "Ah, l’ibuprofène ?" Et hop, c’est réglé. C’est pas compliqué. Il suffit d’être préparé.
Je me suis fait avoir à Dubaï avec du mélatonine. J’ai cru que c’était comme en France, j’en ai pris 3 gélules. J’ai dormi 14 heures. J’ai réveillé toute ma famille. Le pharmacien m’a regardé comme si j’étais un criminel. Il a dit : "C’est une drogue ici. Vous avez une lettre du médecin ?" J’avais rien. J’ai failli être expulsé. Donc oui, vérifiez les lois. Et non, Google Translate ne vous sauvera pas. J’ai mis "melatonin" dans DeepL, il a traduit par "mélodie". Oui. MÉLODIE. J’ai cru qu’il me vendait un CD.
Il est nécessaire de souligner que l'utilisation de traducteurs automatisés pour des prescriptions médicales constitue une pratique hautement imprudente et potentiellement dangereuse, en violation des normes de sécurité sanitaire internationales. Il convient de privilégier les sources officielles et les professionnels qualifiés.
Putain, j’ai cru que j’étais le seul à avoir fait ça. J’ai demandé du "Doliprane" en Espagne, et le pharmacien m’a regardé comme si j’avais demandé du sang de licorne. Il m’a dit : "Ah, le paracétamol, oui." J’ai failli me faire virer de la pharmacie. Et le pire ? J’avais la boîte en main. Mais je pensais que c’était un nom universel. Trop con. Merci pour l’article, ça m’a fait rire… et me faire suer.
Je suis allé en Thaïlande avec une ordonnance pour du tramadol. J’avais tout écrit en anglais, en français, et en thaï. Le pharmacien a regardé, a appelé un médecin, on a fait un petit meeting avec trois personnes, un traducteur, et un chien qui dormait dans le coin. Au final, il m’a donné le médicament… mais il a écrit sur la boîte : "Ne pas donner à l’homme qui parle trop". Je l’ai gardé comme souvenir. Et je n’ai plus jamais demandé un médicament sans une note manuscrite. C’est la seule façon de survivre.
Le fait que des citoyens français ne connaissent pas les noms génériques de leurs propres médicaments est un symptôme de la dégradation de l’éducation sanitaire dans notre pays. Il est inadmissible que l’on doive recourir à des bases de données internationales pour comprendre ce que l’on prend quotidiennement. Cela reflète une paresse intellectuelle inquiétante.
Je suis allée en Tunisie avec mon traitement pour l’hypertension. J’ai écrit "valsartan 160 mg" sur un bout de papier. Le pharmacien a lu, a souri, et m’a dit : "Ah, vous êtes française ? On a le même médicament ici, on l’appelle "Valzid"." J’ai demandé : "C’est la même chose ?" Il a répondu : "Oui, mais avec un peu moins de chimie et un peu plus de soleil." J’ai ri. Et j’ai pris le médicament. Sans panique. Sans traduction. Juste une phrase. Parfois, c’est tout ce qu’il faut.