- 7 févr. 2026
- Élise Marivaux
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Les médicaments spécialisés et les injectables représentent une part croissante des dépenses de santé, mais ils ne sont pas inévitables. Ces traitements, souvent prescrits pour des maladies chroniques comme le cancer, la sclérose en plaques ou les maladies auto-immunes, peuvent coûter plus de 1 000 € par mois. Pourtant, il existe des façons concrètes de réduire ces coûts sans sacrifier la qualité des soins. Ce n’est pas une question de faire des économies à tout prix, mais de mieux gérer les ressources disponibles.
Optimiser la liste des médicaments couverts
La première étape pour maîtriser les coûts, c’est de contrôler quels médicaments sont couverts. Les gestionnaires de prestations médicales utilisent des listes de médicaments préférés, appelées formulaires. Ces listes ne sont pas arbitraires : elles sont basées sur des données cliniques et économiques. Par exemple, un médicament qui coûte 2 000 € par mois mais qui n’offre pas un meilleur résultat qu’un autre à 800 € peut être remplacé. Ce n’est pas une restriction, c’est une rationalisation.
Les études montrent que des systèmes bien conçus, comme ceux utilisés par Excellus BlueCross BlueShield, ont permis d’économiser jusqu’à 13,64 € par membre et par mois sur les médicaments contre l’obésité, simplement en appliquant des critères d’autorisation préalable. Ces critères demandent aux médecins de prouver que les traitements moins coûteux ont été essayés en premier, ou que le patient répond bien au traitement. Résultat ? Moins de gaspillage, plus de transparence.
Utiliser des réseaux de pharmacies restreints
Il ne s’agit pas de limiter le choix du patient, mais de choisir des partenaires qui offrent à la fois des prix meilleurs et un meilleur accompagnement. Les pharmacies spécialisées qui gèrent les injectables à domicile ou en cabinet médical négocient des tarifs plus bas avec les fabricants, car elles traitent un grand volume de prescriptions. En se concentrant sur un petit nombre de ces pharmacies, les systèmes de santé peuvent obtenir jusqu’à 15 % d’économies sur les coûts contractuels.
Une étude de la Children’s Hospital Association a montré que sur 1,3 milliard d’euros de dépenses en médicaments spécialisés, un réseau exclusif avec CVS a généré 10 % d’économies sur trois ans. Les patients, quant à eux, rapportent une meilleure qualité de service : des conseillers dédiés, des rappels pour les injections, et une livraison à domicile fiable. Ce n’est pas une perte de liberté, c’est un service plus intelligent.
Passer aux biosimilaires dès que possible
Les biosimilaires sont des versions moins chères de médicaments biologiques, produits à partir de cellules vivantes. Ils ne sont pas des génériques classiques - ils sont plus complexes à fabriquer - mais ils sont rigoureusement testés pour être aussi sûrs et efficaces que l’original. Leur prix est en moyenne 50 % inférieur. Et ça, c’est colossal.
En 2023, l’FDA avait approuvé 42 biosimilaires, mais leur adoption reste faible dans certains domaines. Pourquoi ? Parce que les médecins n’en ont pas toujours entendu parler, et que les patients craignent de changer. Pourtant, des hôpitaux qui ont mis en place des programmes d’éducation ont vu leurs coûts baisser de 20 à 30 % sans aucune perte de résultats cliniques. Le secret ? Informer, former, rassurer. Une simple réunion entre pharmacien, médecin et patient peut changer la donne.
Changer le lieu d’administration
Un injectable, c’est forcément à l’hôpital ? Pas du tout. Plus de 220 médicaments spécialisés peuvent être administrés en cabinet médical ou même à domicile, avec le même niveau de sécurité. Pourtant, beaucoup de patients reçoivent ces traitements dans des centres hospitaliers, où le coût est jusqu’à 48 % plus élevé.
Une étude de Quantum Health a analysé 1,8 million de patients et a découvert que 91 % des cas où l’administration à l’hôpital n’était pas nécessaire pouvaient être transférés en cabinet ou à domicile. Le gain ? Une réduction de 40 à 50 % du coût total. Cela ne signifie pas que le patient est abandonné. Au contraire, les programmes de soins à domicile incluent une surveillance à distance, des visites d’infirmiers et un suivi personnalisé. C’est une meilleure expérience, pas une diminution de la qualité.
Utiliser les programmes d’aide financière intelligemment
Beaucoup de fabricants proposent des aides pour réduire les frais à la caisse. Mais ces aides, quand elles sont mal gérées, peuvent augmenter les coûts pour les assureurs. Par exemple, si une aide couvre la franchise du patient, cela peut pousser les patients à choisir des médicaments plus chers, car ils ne paient rien. Ce n’est pas une économie, c’est un piège.
Les meilleurs programmes, comme ceux de CarelonRx, utilisent des « maximizeurs de copaiement ». Ces outils permettent aux patients d’avoir un coût à la caisse de 0 €, mais en évitant que cette aide ne compte dans le calcul de leur franchise. Cela permet aux patients de rester dans des traitements abordables, tout en réduisant les coûts pour l’assureur. C’est un vrai gain pour tout le monde.
Contracter avec des partenaires qui partagent les risques
Les contrats traditionnels avec les laboratoires se basent sur un prix fixe. Ce n’est plus suffisant. Les contrats basés sur la valeur, eux, lient le prix du médicament à son efficacité réelle. Par exemple, si un médicament contre la sclérose en plaques ne ralentit pas la progression de la maladie chez un patient, une partie du coût est remboursée. Ce n’est pas une théorie - c’est déjà en place dans 45 % de plus de contrats en 2023 par rapport à 2022.
Des études menées par Peter Bach du Memorial Sloan Kettering montrent que ces contrats réduisent les dépenses à long terme, car ils encouragent les laboratoires à améliorer leurs produits. Ce n’est pas une utopie : c’est la logique du marché. Pourquoi payer plus pour un médicament qui ne fonctionne pas ?
Regrouper les biologiques et les biosimilaires dans le même code de remboursement
En France, comme dans d’autres pays, les biosimilaires sont parfois facturés différemment des médicaments d’origine. Cela crée un déséquilibre : les médecins prescrivent l’original parce qu’il est plus facile à rembourser. La solution ? Les regrouper sous le même code de remboursement. Cette mesure, testée par les Centers for Medicare & Medicaid Services aux États-Unis en 2023, a été jugée comme la plus efficace et la plus réalisable par des experts.
En alignant les remboursements, les médecins sont libres de prescrire le biosimilaire sans crainte de perte de financement. Les patients bénéficient de prix plus bas. Et les systèmes de santé économisent. C’est une réforme simple, mais puissante.
Quelles sont les erreurs à éviter ?
Beaucoup d’organisations essaient de réduire les coûts en imposant des restrictions brutales : augmenter les franchises, refuser des traitements sans explication, ou limiter les pharmacies sans accompagnement. Ces mesures ne font que déplacer le problème. Les patients arrêtent leur traitement. Les complications augmentent. Et au final, les coûts globaux montent encore.
La bonne approche ? Combiner plusieurs leviers : des formularies intelligentes, des réseaux de pharmacies bien gérés, l’adoption des biosimilaires, le déplacement des soins vers des lieux moins chers, et des contrats basés sur les résultats. Il faut aussi investir dans la formation des médecins, dans les outils de données en temps réel, et dans la communication avec les patients.
Combien ça coûte de mettre en place ces solutions ?
Il faut un investissement initial. Pour un système de santé avec 100 000 personnes couvertes, cela peut varier entre 50 000 et 250 000 €. Mais le retour sur investissement arrive en 12 à 18 mois. Les économies annuelles peuvent atteindre plusieurs millions d’euros. Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement en efficacité.
En 2027, les médicaments spécialisés devraient représenter plus de 50 % de toutes les dépenses en médicaments. Si on ne change rien, les systèmes de santé seront submergés. Mais avec une gestion intelligente, on peut réduire la croissance des coûts de 10-12 % à 5-7 % par an. Cela représente des milliards d’euros économisés chaque année - et surtout, des traitements accessibles pour tous.
Les biosimilaires sont-ils aussi efficaces que les médicaments d’origine ?
Oui. Les biosimilaires doivent prouver, avant d’être approuvés, qu’ils sont hautement similaires à l’original en termes de sécurité, pureté et puissance. Des études cliniques sur des dizaines de milliers de patients ont montré qu’ils produisent les mêmes résultats thérapeutiques. Des hôpitaux qui ont adopté les biosimilaires ont vu leurs coûts baisser de 20 à 30 % sans aucune perte d’efficacité.
Pourquoi les médecins hésitent-ils à prescrire des biosimilaires ?
Parce qu’ils ne sont pas toujours bien informés. Certains pensent encore que les biosimilaires sont des « génériques » de bas niveau. D’autres craignent que les patients ne les acceptent pas. Mais des programmes de formation ciblés, accompagnés de données locales sur les résultats, ont montré que les médecins changent rapidement d’avis. La confiance vient de l’information.
Est-ce que les patients doivent changer de pharmacie si on utilise un réseau restreint ?
Oui, mais pas n’importe comment. Les systèmes qui mettent en place ces réseaux le font avec un accompagnement clair : explications, transfert des ordonnances, livraison à domicile, et suivi personnalisé. Les patients ne sont pas laissés à eux-mêmes. En fait, la satisfaction des patients augmente souvent, car le service devient plus réactif et plus proche de leurs besoins.
Les programmes d’aide financière réduisent-ils vraiment les coûts ?
Seulement s’ils sont bien conçus. Si l’aide couvre la franchise du patient, cela peut inciter à choisir des médicaments plus chers, ce qui augmente les coûts pour l’assureur. Les meilleurs programmes, appelés « maximizeurs de copaiement », permettent au patient de payer 0 € tout en empêchant cette aide de compter dans la franchise. Cela évite les mauvaises décisions et réduit les dépenses globales.
Quelle est la meilleure façon de commencer à réduire les coûts ?
Commencez par analyser vos données : quels sont les 5 médicaments les plus chers ? Où sont-ils administrés ? Qui les prescrit ? Ensuite, mettez en place un programme de priorisation : formulary, biosimilaires, et changement de lieu d’administration. Ne faites pas tout en même temps. Choisissez un levier, testez-le, mesurez les résultats, puis passez au suivant.
3 Commentaires
Je trouve ça logique de privilégier les biosimilaires quand ils sont aussi efficaces. J’ai un ami qui a switché pour un biosimilaire contre la sclérose en plaques et il va super bien. Aucune différence ressentie, mais il paie 60 % moins cher. C’est pas magique, c’est juste intelligent.
Les médecins devraient en parler plus souvent, pas juste le laisser aux patients de demander.
Oh encore un article qui nous dit de « rationaliser » alors qu’on nous prend pour des cons. Vous savez quoi ? Moi j’ai payé 3000€ par mois pour mon traitement et je l’ai eu parce que j’ai hurlé. Pas parce que vous avez fait une « liste préférée ». Les patients ne sont pas des chiffres, et les économies, c’est pas un droit humain.
Corine, je comprends ta colère, mais la question n’est pas de dire « non » aux traitements, c’est de les rendre durables. Si on ne fait rien, demain les systèmes de santé ne pourront plus financer aucun traitement. Ce n’est pas un choix entre « je veux mon médicament » et « tu me le prends » - c’est entre « je le garde » et « je le perds pour tout le monde ».
Les biosimilaires, les réseaux de pharmacies, les contrats à résultats : ce sont des outils pour protéger l’accès, pas pour le restreindre.