- 23 févr. 2026
- Élise Marivaux
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Calculateur d'impact du poids des médicaments
Comment utiliser cet outil
Entrez le nom d'un médicament ou d'une classe de médicaments dans le champ ci-dessous. L'outil vous indiquera les effets potentiels sur votre poids, les mécanismes biologiques, et des alternatives possibles.
Vous avez commencé un nouveau traitement, et soudain, la balance ne ment plus : vous avez pris quelques kilos, ou au contraire, vous en avez perdus sans avoir changé votre mode de vie. Ce n’est pas une coincidence. Près d’un médicament sur quatre peut influencer votre poids, souvent sans que vous en soyez informé avant de le prendre. Ce phénomène, longtemps négligé, est aujourd’hui reconnu comme un enjeu majeur de santé publique. En 2023, l’Obesity Medicine Association a estimé que 15 % des cas d’obésité aux États-Unis étaient directement liés à des traitements médicaux. En France, les données sont similaires, même si moins documentées. Ce n’est pas une question de manque de discipline - c’est une question de pharmacologie.
Comment les médicaments font-ils prendre ou perdre du poids ?
Les mécanismes sont variés, mais ils suivent cinq grandes voies biologiques. La première est la stimulation de l’appétit. Certains antidépresseurs, comme la mirtazapine, agissent sur les récepteurs de la sérotonine (5-HT2C), ce qui augmente la sensation de faim. Une étude de 2025 montre que 78 % des patients sous ce traitement rapportent une augmentation marquée de leur appétit, même sans changement émotionnel.
La seconde voie est la stimulation du stockage des graisses. Les médicaments comme les thiazolidinediones (pioglitazone, rosiglitazone), utilisés pour le diabète de type 2, activent un récepteur appelé PPAR-γ. Ce dernier transforme les cellules en adipocytes, c’est-à-dire des cellules de stockage de graisse. Résultat : jusqu’à 60 % de plus de cellules graisseuses en quelques mois.
La troisième cause est la ralentissement du métabolisme. Les bêta-bloquants, comme le propranolol, réduisent le métabolisme de base de 8 à 10 %. Cela signifie que votre corps brûle moins de calories même au repos. Vous pouvez manger comme avant, bouger comme avant - et pourtant, la balance monte.
La quatrième est la rétention d’eau. Les corticoïdes, comme la prednisone, provoquent une rétention d’eau. En un mois, certains patients prennent 2 à 5 kg, non pas de graisse, mais d’eau. C’est souvent temporaire, mais cela peut fausser la perception du traitement et décourager les patients.
Enfin, la cinquième cause est la diminution de l’activité physique. Les antipsychotiques comme l’olanzapine provoquent une somnolence intense. Une étude de la Mayo Clinic en 2022 a montré que les patients sous ce traitement réduisent leur nombre de pas journaliers de 1 200 à 2 500. C’est l’équivalent d’une marche de 15 à 30 minutes par jour en moins. Sans effort, sans changement de régime, le poids monte.
Quels médicaments font prendre du poids ?
Les différences entre classes de médicaments sont énormes. Deux antidépresseurs prescrits pour la même dépression peuvent avoir des effets opposés.
- SSRIs comme la paroxétine : +2,5 à 3,5 kg en 12 mois (étude UKPDS).
- Bupropion : -1,5 à 2,5 kg sur la même période.
- Mirtazapine : +2 à 5 kg en 6 mois.
Pour les antipsychotiques, la variation est encore plus marquée :
- Olanzapine : +4,5 à 6 kg en 10 semaines (étude CATIE).
- Aripiprazole : +0,2 à 0,8 kg - presque neutre.
En diabète, la différence est dramatique :
- Insuline : +2 à 4 kg la première année.
- Sulfonylurées : +3 à 4 kg.
- GLP-1 (semaglutide, liraglutide) : -6 à 10 kg en 68 semaines (études SUSTAIN et STEP).
Les récepteurs impliqués sont clés. Les médicaments qui agissent sur les récepteurs H1 et 5-HT2C (comme l’olanzapine ou la mirtazapine) ont un lien fort avec la prise de poids (corrélation r=0,87). Ceux qui préservent l’activité du GLP-1, eux, font perdre du poids. C’est une règle presque infaillible.
Quels médicaments font perdre du poids ?
Les médicaments qui font perdre du poids ne sont pas rares - ils sont de plus en plus nombreux. Les analogues du GLP-1 sont les plus connus, mais ils ne sont pas les seuls.
Le semaglutide (Wegovy, Ozempic) a montré dans les essais cliniques une perte moyenne de 15 % du poids corporel sur 68 semaines. C’est plus que ce qu’on observe avec les régimes les plus stricts. Le liraglutide (Saxenda) donne une perte de 5 à 10 % sur la même période. Ces médicaments ne sont pas des « pilules miracles » : ils réduisent la faim, ralentissent le vidage gastrique, et améliorent la régulation du sucre dans le sang.
Le bupropion, utilisé comme antidépresseur ou pour arrêter de fumer, a aussi un effet amaigrissant. Il agit sur les neurotransmetteurs de la satiété, sans augmenter l’appétit. Dans les études, les patients le prennent pour la dépression, et perdent du poids en parallèle.
Et puis il y a les combinaisons. Le médicament Xultophy 100/3.6, qui associe une insuline et un analogue du GLP-1, permet de contrôler le diabète tout en évitant la prise de poids liée à l’insuline seule. Dans l’essai DUAL VIII, les patients ont perdu 4,2 kg de plus que ceux sous insuline seule.
Les conséquences d’un poids non géré
Prendre 5 kg de plus sous traitement, c’est plus qu’un problème esthétique. D’après l’étude de Framingham en 2022, chaque 5 kg supplémentaires augmentent le risque cardiovasculaire de 12 à 18 %. Pour une personne déjà en surpoids (IMC >30), cela peut faire basculer son risque de « modéré » à « élevé ».
Les patients rapportent aussi des impacts psychologiques. Une enquête de l’OMS en 2022 a montré que 61 % des personnes ayant pris du poids sous traitement ont vu leur estime de soi baisser. Sur Reddit, des utilisateurs décrivent des situations tragiques : « J’ai arrêté de sortir avec mes amis parce que je n’osais plus porter de vêtements normaux. »
Et pourtant, la plupart des médecins n’en parlent pas. Selon une enquête de la National Patient Safety Foundation en 2024, seulement 38 % des patients affirment avoir été avertis des risques de prise de poids avant de commencer un traitement. C’est un manque de communication majeur. On prescrit un médicament pour traiter la dépression, le diabète, la schizophrénie - mais on ne dit pas que ça peut changer votre corps.
Comment gérer ces effets ?
Il n’y a pas de solution unique, mais il y a une stratégie éprouvée, basée sur quatre étapes.
- Faire un bilan initial : Mesurer votre poids, votre IMC, votre tour de taille avant de commencer le traitement. C’est votre référence.
- Évaluer le risque : Utilisez des outils comme l’algorithme de l’Université de Liverpool, qui prédit avec 87 % de précision si un médicament va vous faire prendre du poids. Certains laboratoires proposent même des tests génétiques (comme Genomind) pour savoir si vous êtes prédisposé à cette réaction.
- Éduquer le patient : Montrez-lui un graphique : « Voici ce que vous pouvez attendre en 3, 6, 12 mois. » Les patients qui comprennent la trajectoire sont plus enclins à agir.
- Surveiller régulièrement : Pesez-vous une fois par mois les 6 premiers mois. Si vous prenez plus de 2,5 kg, parlez-en à votre médecin. Ce n’est pas un échec - c’est une alerte.
Beaucoup de médecins attendent trop longtemps avant de changer de traitement. Une enquête de l’ACOG en 2023 montre que 42 % d’entre eux ne changent pas de médicament, même quand le patient a pris plus de 5 kg. Pourquoi ? Parce qu’ils pensent que « c’est normal » ou qu’ils veulent « voir si ça s’arrête ». Ce n’est pas une attitude patiente - c’est une erreur clinique.
Les solutions existent : des cliniques spécialisées en métabolisme sont désormais disponibles dans 78 des 141 hôpitaux universitaires américains. En France, elles sont rares, mais les consultations en ligne avec des spécialistes en obésité se développent. De 12 % des cliniques en 2020, elles sont passées à 41 % en 2024.
Le futur : vers une médecine personnalisée
La médecine change. En mars 2024, le CPIC (Clinical Pharmacogenetics Implementation Consortium) a publié des recommandations de niveau A pour tester les variants du gène HTR2C. Si vous avez une certaine version de ce gène, vous avez 80 % de risque de prendre du poids sous antipsychotique. Ce test existe. Il est disponible. Et il devrait être standard.
Le NIH a lancé en février 2024 une initiative de 150 millions de dollars pour développer 10 nouveaux médicaments « neutres en poids » d’ici 2029. C’est un tournant. Le futur, ce n’est plus de choisir un médicament uniquement pour son efficacité. C’est de choisir le médicament qui soigne et qui ne vous fait pas grossir.
Les entreprises l’ont compris. 58 des 100 plus grands employeurs aux États-Unis incluent désormais l’impact sur le poids dans leurs décisions de formulary. Pourquoi ? Parce que les coûts liés à l’obésité induite par les médicaments sont énormes : entre 18 et 24 milliards de dollars par an aux États-Unis.
Que faire si vous avez pris du poids ?
Ne vous arrêtez pas. Ne vous culpabilisez pas. Parlez-en. Votre médecin n’est pas un expert en nutrition - mais il peut vous orienter vers quelqu’un qui l’est. Un diététicien, un endocrinologue, un spécialiste en obésité. Vous avez le droit de demander un changement de traitement. Vous avez le droit de demander un test génétique. Vous avez le droit de ne pas accepter un médicament qui vous fait perdre votre santé mentale et votre santé physique.
Les patients qui gèrent bien leur poids sous traitement ont deux choses en commun : ils sont informés, et ils sont actifs. Ils ne sont pas passifs. Ils ne disent pas « ça va passer ». Ils disent : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour que ça ne continue pas ? »
Pourquoi certains médicaments font-ils grossir alors qu’ils ne sont pas destinés à cela ?
Les médicaments agissent sur des systèmes biologiques complexes. Un antidépresseur cible les récepteurs de la sérotonine pour améliorer l’humeur, mais ces mêmes récepteurs contrôlent aussi la faim. Un antipsychotique bloque la dopamine pour réduire les hallucinations, mais cela provoque aussi une somnolence qui diminue l’activité physique. Ce ne sont pas des effets secondaires « accidentels » - ce sont des effets collatéraux prévisibles, liés à la façon dont le médicament interagit avec le corps. La science les connaît depuis des décennies. Ce qui manque, c’est la communication.
Est-ce que je dois arrêter mon traitement si je prends du poids ?
Non, pas automatiquement. Arrêter un traitement sans avis médical peut être dangereux - surtout pour les maladies mentales ou chroniques comme le diabète ou l’épilepsie. Mais vous avez le droit de demander une alternative. Par exemple, si vous prenez de la paroxétine et que vous prenez du poids, votre médecin peut passer à la bupropion, qui a un effet neutre ou amaigrissant. La clé, c’est la discussion, pas l’arrêt.
Les médicaments sans ordonnance peuvent-ils aussi faire prendre du poids ?
Oui. Certains antihistaminiques (comme la diphenhydramine dans les somnifères en vente libre) stimulent l’appétit. Les suppléments à base de plantes comme la valériane ou la mélisse peuvent aussi augmenter la faim chez certaines personnes. Même les « remèdes naturels » ont des effets physiologiques. Tous les médicaments, même les plus simples, doivent être considérés comme des substances actives.
Comment savoir si mon médecin prend en compte ce risque ?
Posez-lui cette question directement : « Quel est l’effet de ce médicament sur le poids ? » S’il répond par un sourire ou un « ça arrive, mais ce n’est pas grave », il ne prend pas le risque au sérieux. Un bon médecin vous dira : « Ce médicament peut faire prendre 2 à 4 kg. Voici comment on le surveille, et voici les alternatives. » S’il ne le fait pas, demandez un deuxième avis.
Existe-t-il des outils pour prédire mon risque de prise de poids ?
Oui. L’algorithme de l’Université de Liverpool évalue votre profil médical et vos médicaments pour prédire votre risque avec 87 % de précision. Des tests génétiques comme Genomind analysent votre ADN pour voir si vous avez des variants du gène HTR2C, qui augmentent le risque de prise de poids sous antipsychotiques. Ces outils existent. Ils ne sont pas encore universels, mais ils sont disponibles dans les centres spécialisés. Demandez si vous pouvez y avoir accès.