- 12 janv. 2026
- Élise Marivaux
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Après une coloscopie où des polypes ont été découverts et retirés, la question qui revient toujours est : quand faut-il refaire une coloscopie ? Ce n’est pas une réponse unique. Cela dépend de la taille, du nombre, du type et de la qualité de la résection de ces polypes. Les recommandations ont changé ces dernières années, et beaucoup de médecins continuent de proposer des délais obsolètes. Il est crucial de comprendre les nouvelles lignes directrices pour éviter des examens inutiles - ou, pire, des délais trop longs qui risquent de laisser passer un cancer.
Les polypes ne sont pas tous égaux
Pas tous les polypes ont le même risque de devenir cancer. Les plus courants sont les adénomes, les lésions serrées et les polypes hyperplasiques. Les adénomes sont les plus préoccupants : ce sont les précancéreux classiques. Les lésions serrées, surtout les lésions serrées sessiles (SSL), sont devenues une priorité ces dernières années. Elles évoluent différemment, plus lentement, mais peuvent échapper à la détection si on ne les cherche pas bien. Les polypes hyperplasiques, eux, sont généralement bénins - sauf s’ils sont gros (≥10 mm) ou situés dans le côlon droit.
La taille compte. Un polype de 5 mm a un risque bien plus faible qu’un polype de 15 mm. La forme aussi : un polype velu (villieux) ou avec une dysplasie de haut grade est plus dangereux qu’un polype tubulaire. Et la manière dont il a été retiré est cruciale. Si le retrait a été fait en plusieurs morceaux (retrait piecemeal), le risque de récidive locale augmente fortement.
Les nouveaux délais selon les guidelines américaines (2020)
Les recommandations des États-Unis, publiées en 2020 par le US Multi-Society Task Force, ont radicalement allongé certains délais. Pour les patients avec 1 à 2 adénomes de 10 mm ou moins, la coloscopie de surveillance n’est plus recommandée tous les 5 ans, mais entre 7 et 10 ans. Cette modification repose sur des études de cohorte montrant que le risque de cancer colorectal chez ces patients est presque identique à celui des personnes avec un côlon parfaitement normal.
Voici les intervalles clés selon les guidelines américaines actuelles :
- 1 à 2 adénomes ≤10 mm : 7 à 10 ans
- 3 à 4 adénomes <10 mm : 3 à 5 ans
- 5 à 10 adénomes (n’importe quelle taille) : 3 ans
- 1 adénome ≥10 mm, ou histologie velue, ou dysplasie de haut grade : 3 ans
- 1 à 2 lésions serrées sessiles (SSL) <10 mm : 5 à 10 ans
- 3 à 4 SSL <10 mm : 3 à 5 ans
- 5 à 10 SSL : 3 ans
- Polype hyperplasique ≥10 mm : 3 à 5 ans (préférer 3 ans si incertitude sur le type ou mauvaise préparation)
Un point important : si la préparation du côlon était insuffisante, ou si la résection n’était pas complète, les délais raccourcissent. La qualité de l’examen initial change tout.
Et en Europe ? Les différences sont importantes
Les recommandations européennes, publiées par la Société européenne d’endoscopie gastro-intestinale (ESGE) en 2020, sont plus souples. Pour les patients avec 1 à 4 petits adénomes (≤10 mm), certains experts européens considèrent qu’un intervalle de plus de 10 ans est sûr - surtout si les polypes étaient très petits (≤5 mm). Ce n’est pas la position américaine. En France, les gastro-entérologues suivent souvent les lignes directrices européennes, mais aussi les habitudes locales.
La grande différence concerne les grandes lésions. Si un polype de plus de 20 mm a été retiré en plusieurs morceaux, l’ESGE recommande une coloscopie de contrôle entre 3 et 6 mois, laissant une marge de manœuvre. Les États-Unis, le Japon et la Corée, eux, fixent un délai unique de 6 mois. Pourquoi cette divergence ? Parce que les données européennes montrent que les récidives locales sont rares après 6 mois, sauf cas très complexes.
Pour le syndrome des polypes serrés (SPS), les recommandations varient aussi. En Grande-Bretagne, on recommande une surveillance tous les 1 à 2 ans jusqu’à 75 ans. Au Japon, c’est annuel. Ce qui compte, c’est la charge polypeuse : plus il y a de lésions, plus la surveillance est rapprochée.
Les erreurs courantes chez les médecins
Malgré les mises à jour, les erreurs sont fréquentes. Une étude de 2020 dans un centre de soins aux États-Unis a révélé que seulement 18,6 % des gastro-entérologues respectaient le nouveau délai de 7 à 10 ans pour les petits adénomes. Plus de 80 % continuaient à proposer une coloscopie tous les 5 ans - par habitude, peur de la responsabilité, ou simple ignorance.
La gestion des lésions serrées est le point le plus faible. Seulement 28,5 % des médecins interrogés dans une enquête de 2022 savaient correctement appliquer les délais pour les SSL. Pourtant, ces lésions sont responsables de 20 à 30 % des cancers colorectaux qui surviennent après une coloscopie « normale » - parce qu’elles sont plates, mal visualisées, ou confondues avec des polypes bénins.
Les patients aussi sont perdus. Beaucoup croient qu’une coloscopie avec polype signifie « il faut revenir dans 5 ans ». C’est vrai pour certains, mais pas pour d’autres. Les médecins de premier recours, souvent en charge de la coordination post-coloscopie, ne sont pas toujours bien informés. Un patient peut recevoir une lettre de rappel pour une coloscopie dans 3 ans, alors qu’il aurait pu attendre 8 ans.
Les outils qui aident à ne plus se tromper
Des applications comme Polyp.app, développée par l’hôpital général de Massachusetts, permettent de scanner les résultats d’une coloscopie et de générer automatiquement le délai de surveillance recommandé. Elle est utilisée par plus de 12 400 médecins aux États-Unis. Des systèmes de dossiers médicaux électroniques comme Epic ou Cerner intègrent maintenant des alertes automatiques : dès que le rapport d’endoscopie est saisi, le logiciel propose le bon intervalle.
En France, ces outils sont encore rares dans les hôpitaux publics, mais ils commencent à arriver dans les cliniques privées. L’idéal ? Que le gastro-entérologue donne au patient un document écrit avec le délai exact, la raison, et une note sur les signes d’alerte à surveiller (sang dans les selles, changement de transit, perte de poids).
Le futur : la surveillance personnalisée
Les prochaines années vont voir une révolution : la surveillance ne sera plus basée uniquement sur le nombre et la taille des polypes, mais sur des marqueurs moléculaires. Des essais cliniques en cours (NCT04567821, NCT03987099) testent des tests sanguins ou de selles qui analysent la méthylation de l’ADN pour prédire le risque de cancer. Un patient avec 2 petits adénomes pourrait avoir un risque génétique élevé - et nécessiter une coloscopie à 3 ans. Un autre avec un seul adénome, mais des marqueurs bas, pourrait attendre 12 ans.
Les prochaines recommandations européennes, attendues fin 2024, intégreront ces données. L’objectif : éviter les coloscopies inutiles pour les bas risques, et renforcer la surveillance pour les vrais hauts risques. C’est plus précis, plus efficace, et moins coûteux.
Que faire après votre coloscopie ?
Ne laissez pas votre médecin vous dire « revenez dans 5 ans » sans demander pourquoi. Posez ces trois questions :
- Quel est le type exact des polypes retirés ? (adénome, lésion serrée, hyperplasique ?)
- Quelle était leur taille ? (en mm, pas en « petit » ou « grand »)
- La résection était-elle complète ? La préparation du côlon était-elle bonne ?
Si vous avez eu 1 à 2 petits adénomes, demandez si vous pouvez attendre 7 à 10 ans. Si vous avez eu une lésion serrée, vérifiez que le délai est bien de 5 à 10 ans - pas 3. Et si vous avez eu un polype de plus de 20 mm retiré en morceaux, insistez pour un contrôle à 6 mois.
La coloscopie n’est pas un examen unique. C’est un processus de prévention. Le bon délai, c’est celui qui vous protège sans vous sur-exposer. Trop tôt, c’est du gaspillage. Trop tard, c’est un risque inutile.
Combien de temps faut-il attendre après la découverte de 1 à 2 petits adénomes ?
Selon les recommandations américaines de 2020, vous pouvez attendre entre 7 et 10 ans. Cette prolongation est soutenue par des données montrant que le risque de cancer colorectal est presque identique à celui des personnes avec un côlon normal. En Europe, certains experts acceptent même des intervalles supérieurs à 10 ans pour les polypes très petits (≤5 mm).
Pourquoi les délais ont-ils changé récemment ?
Les études de suivi à long terme ont montré que les patients avec 1 à 2 adénomes de moins de 10 mm ont un risque de cancer très faible - comparable à celui des personnes sans polype. Rappeler ces patients tous les 5 ans n’apportait pas de bénéfice supplémentaire, mais augmentait les coûts, les risques d’effets secondaires et la surcharge des services. Allonger les délais permet de mieux cibler les ressources.
Les lésions serrées sont-elles aussi dangereuses que les adénomes ?
Oui, mais différemment. Les lésions serrées (SSL) ne deviennent pas cancer aussi vite que les adénomes, mais elles sont plus difficiles à détecter car elles sont plates et souvent cachées dans les plis du côlon. Elles sont responsables d’une part croissante des cancers colorectaux après une coloscopie « normale ». Leur surveillance est donc cruciale, même si elles sont petites.
Que faire si la préparation du côlon était mauvaise ?
Si la préparation était insuffisante, les polypes ont pu être manqués. Dans ce cas, la coloscopie de surveillance doit être faite plus tôt - généralement dans les 1 à 3 ans, selon la qualité de la préparation et le nombre de polypes trouvés. Il est préférable de répéter l’examen que de prendre un risque.
Puis-je éviter une coloscopie de surveillance en faisant un test de selles ?
Non. Les tests de selles (comme FIT ou tests ADN) sont utiles pour le dépistage initial, mais pas pour la surveillance après la découverte d’un polype. Seule la coloscopie permet de voir directement le côlon, d’enlever les nouvelles lésions et de confirmer que tout est bien réparé. Même si le test de selles est négatif, la coloscopie de surveillance reste obligatoire selon les délais établis.